Arts et Expos

Le lieu a de quoi surprendre, car a priori, il n’est pas adapté pour recevoir une exposition de peinture, malgré sa belle clarté, l’ampleur des espaces et le prestige. Il fallait donc composer avec un intérieur assez imposant, et ce n’est pas simple lorsqu’on est peintre.

Fort habilement, il a choisi le principe de l’installation sans rien trahir de sa peinture, au contraire, en lui donnant l’occasion de gagner du terrain et de conquérir plus pleinement la spatialité ambiante. Il a conçu, comme le note fort justement Roger Pierre Turine dans la catalogue, des "tableaux comme des cubes recouverts de face, de profil et même de dos, de matières et couleurs". Des parallélépipèdes de diverses dimensions qu’il a disposés dans deux des trois salles en créant un parcours sans itinéraire fixe.

Alberto Reguera (Segovia, 1961 - vit à Paris et Madrid), l’Espagnol n’est pas à présenter, car il expose avec succès en Belgique depuis plus de 25 ans. Son registre est celui de l’abstraction matiériste avec un goût prononcé pour les couleurs puissantes et lumineuses, celles qui poussent en avant la peinture et la font surgir de la surface. Il s’y tient totalement en ces développements volumiques qui se regardent essentiellement de haut, donc en aplat pour la surface supérieure et de manière plutôt verticale pour les différentes faces. Et voilà qui révèle la peinture tout autrement, d’autant plus que la déambulation, les visions de près, de loin, dos ou face à la lumière, de côté modifient sans cesse les tonalités par les accroches de la lumière sur les reliefs.

Chaque toile cubique devient un paysage chatoyant, jamais figé, incluant la temporalité des déplacements et les variations aux passages souvent imperceptibles comme on peut les vivre au cours d’une observation de la nature (un lever de jour) dans la durée.

Subtilité révélatrice, le peintre a aussi disposé discrètement aux cimaises quelques photographies de son cru. Des vues très atmosphériques, des nuages, des ciels et même (il a osé avec raison) un coucher de soleil ! Et, soudain, ses toiles s’enrichissent d’un nouveau lien, celui avec l’offre quotidienne et changeante de la nature qu’il n’imite nullement, mais avec laquelle il est en affinité, apportant sa voie personnelle aussi interpellante, attirante, mystérieuse que celle jamais identique des cieux en mouvement. Clin d’œil à son travail et à sa démarche : dans l’un des ensembles, il a inclus une toile blanche et un recto non peint. Une manière de boucler la boucle.

Alberto Geguera. Espace et matière. Institut Cervantes, 64, av. de Tervuren, 1040 Bruxelles. Jusqu’au 11 novembre. Cat. 76 pp., ill. coul., textes de M. A. Gonzalez Encinar, R. P. Turine et R. Gil Salinas.