Arts et Expos

Le malaise règne dans l’univers très restreint du photojournalisme. L’an dernier, l’Italien Giovanni Troilo était couronné par le World Press Photo , un prix très réputé, avant d’être destitué de sa couronne pour avoir mis en scène son reportage sur Charleroi. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque. 

© Giovanni Troilo

Mais cette année, la nouvelle polémique qui agite le milieu risque d’en faire bien plus en raison de la personnalité de celui qui est à l’origine du malaise. Une photographie de Steve McCurry, 66 ans, membre de la prestigieuse agence Magnum, a été retouchée avec Photoshop.

C’est un Italien, Paolo Viglione, qui a découvert la tentative à l’occasion d’une exposition à Turin dans laquelle sont présentées 250 prises de vue de Steve McCurry. Sur une des photographies prise à La Havane et montrant une rue de la capitale cubaine, un détail intrigue. Un panneau de circulation semble flotter dans l’air. Et sur sa gauche, figure son pied, la partie manquante. Le tout laisse peu de doutes, c’est le résultat d’une retouche inachevée.

© Steve McCurry

Une star

Or Steve McCurry n’est pas n’importe qui. Le photographe américain a pendant trois décennies arpenté les zones de conflit de la planète en se forgeant une réputation légendaire. Il est notamment l’auteur de cette célèbre photographie d’une jeune afghane aux yeux verts prise dans un camp de réfugié au Pakistan, en 1985. 

© REPORTERS

C’est donc une star qui est aujourd’hui au cœur de la polémique. C’est d’autant plus gênant parce que l’affaire ne se limite pas à cette seule prise de vue effectuée à Cuba. En scrutant le site Internet du photographe, des internautes ont découvert au moins deux autres clichés présentant des anomalies.

© Steve McCurry
© Steve McCurry
(L'un des enfants a été effacé de l'image)

© Steve McCurry
© Steve McCurry

Une tromperie

Face à la polémique montante et aux demandes d’interview du site PetaPixel , le premier à avoir relayé l’information, Steve McCurry a réagi par courrier. Le photographe américain y rappelle ses états de services avant de qualifier son travail actuel. "Aujourd’hui, je me définirais comme un ‘storyteller’. L’essentiel de mon travail récent est lié à mon propre plaisir de me trouver à des endroits que je voulais visiter pour satisfaire ma curiosité à propos des gens et des cultures" , écrit-il. Son voyage à Cuba était un déplacement personnel précise-t-il, signifiant par là que ce travail n’a rien à voir avec de l’information.

Dans un entretien accordé au quotidien italien "La Stampa" , Steve McCurry explique aussi avoir été surpris de découvrir une manipulation sur une de ses photographies. Cette retouche a été effectuée alors qu’il était en voyage, sans son aval et par un membre de son studio ne travaillant plus pour lui affirme-t-il. "La leçon à tirer de cette mésaventure , ajoute-t-il , c’est qu’à l’avenir je vais devoir mieux contrôler ce qui peut l’être."

En attendant, le mal est fait. Si certains de ses pairs comme Peter van Agtmael , également de l’agence Magnum, défend McCurry sur le blog photo du magazine Time , d’autres comme Philip Blenkinsop sont nettement plus critiques. Sur sa page Facebook , le photographe australien juge que toute manipulation venant d’un photographe impliqué dans un travail journalistique ou documentant notre époque constitue une tromperie. Il déplore aussi le silence de l’agence Magnum.