Tags et graffitis entrent au musée!

GUY DUPLAT Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Taki 183 fut, dit-on, le premier, en 1970, à multiplier sa signature sur les murs de New York. C’était un livreur d’origine grecque et il s’agissait pour lui, à chaque livraison, de laisser son nom “Taki” et le numéro de sa maison “183”.

En 1971, il fut remarqué par le “New York Times” et son interview lança la mode des tags et des grafs. Elle se développa d’abord aux Etats-Unis, reprise par des bandes d’ados, des adeptes du hip-hop comme par des artistes voulant secouer l’establishment.

Ces artistes sauvages évoluèrent de la simple signature répétée à l’infini vers des lettrages en 3 D très subtils, ou des dessins complexes qui demandent une longue préparation et des maquettes afin de pouvoir être réalisées rapidement à la bombe, en pleine nuit.

Leurs “toiles” furent d’abord les murs du Bronx, puis les rames de métro prises d’assaut la nuit par des bandes de grafeurs. On dit qu’il y eut 65 000 wagons de métro et de train tagués à New York, parfois complètement peints, vitres incluses ! Ces artistes de rue aimaient bien les vieux trains des années 50 dont le revêtement lisse constituait un support idéal. Un artiste comme Blade TC5 (les tagueurs sont des hommes – sauf Lady Pink –, et ils utilisent des surnoms) se vante d’avoir peint plus de 5 000 rames de métro. John Lindsay, maire de New York, mena une véritable guerre contre ces graffeurs, car le nettoyage des métros coûtait une fortune à la ville.

Keith Haring et Basquiat

Certains tagueurs sont passés du côté d’un art plus officiel comme Keith Haring et Jean-Michel Basquiat. Mais les autres sont restés fidèles à la rue et ses codes. Leur art s’est propagé dans le monde entier. L’expo parisienne montre des graffitis de 150 artistes dont un Belge (“Dead”), un Islandais et même un Iranien, Isba, qui a bien du mérite car à Téhéran, les seuls grafs, autorisés sont les portraits de rue gigantesques des martyrs de la guerre contre l’irak. Aujourd’hui, les œuvres sur toile des tagueurs se vendent parfois jusqu’à 40 000 euros ! Un “street artist” comme Banksy est fort recherché par les collectionneurs.

Alain Dominique Gallizia a vite repéré ces artistes “sauvages”. Ce fils d’aristocrate italien a réalisé ce qui est sans doute la première collection cohérente d’œuvres du T.A.G. (Tag and Graf). Il a invité ces artistes à peindre dans son atelier parisien sur une toile de dimension donnée (3,6 X 0,6 m), sur un thème unique, “L’amour”. Même les figures américaines historiques se sont pliées au jeu et sont venues comme Taki, Seen, Psyckoze, Rammelzee et Toxic (qui avaient formé avec Basquiat les “Hollywood Africans”).

Il n’est pas le seul à collectionner ce qu’il appelle “l’art sauvage” (la collection agnès b. en est riche) mais il le fait, non pour revendre ces œuvres mais pour créer un musée itinérant, hébergé un temps par les grands musées du monde. Il a déjà réussi à convaincre Olivier Kaeppelin, le délégué aux arts plastiques en France. Celui-ci a ouvert une galerie (sous la nef) du Grand Palais à Paris, pendant un mois pour montrer cette collection. “Jadis, dit-il , parler de tags comme d’un art provoquait scandale ou moqueries; mais aujourd’hui, chacun peut constater que cet art dialogue avec la poésie visuelle, le pop art, le surréalisme l’abstraction géométrique ou les images numériques.”

Ecrire son nom

A Paris, on découvre la diversité des styles et l’habileté des graffeurs à réaliser des œuvres très complexes à la bombe, même si beaucoup se contentent de leur nom : “On me demande de parler d’amour, explique l’un, et ce que j’aime, c’est écrire mon nom.” Si certains sont proches de l’abstraction lyrique d’un Hartung, d’autres flirtent avec le néo pop-art, ou choisissent une incroyable complexité géométrique.

Bien sûr, le tag au musée reste antinomique pour certains graffeurs qui se sont empressés de taguer les affiches de l’expo et même le livre d’or !

GUY DUPLAT

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