Tervuren: après 10 ans d'attente, enfin le nouveau musée

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts visuels En Belgique, il faut se montrer très très patient, mais tout arrive. Annoncé en 2002, promis pour 2010, le nouveau musée de Tervuren ouvrira en 2017.

Un pavillon de verre et un long souterrain de salles d’exposition

Mercredi, en présence des ministres compétents venus officialiser la bonne nouvelle (Philippe Courard et Servais Verhesrtraeten), le directeur du musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, Guido Gryseels, ne cachait pas sa joie. Il voyait enfin le bout du tunnel. Il se bat pour une rénovation totale du musée depuis 2002. Mais, après tant de retards, les travaux débuteront finalement cet automne et le nouveau musée, agrandi, modernisé, magnifique, devrait rouvrir au public en 2017. Pendant ces trois ans, il fermera mais des multiples solutions ont été trouvées pour que ses trésors voyagent et qu’il puisse continuer à rester actif sous d’autres firmes.

En 2002, dès son arrivée, Guido Gryseels, nous disait que Tervuren était presque devenu "le musée du musée, la relique de ce qu’était un musée colonial". Il espérait alors terminer la rénovation du musée, en 2010 pour le centième anniversaire de l’inauguration du bâtiment de l’architecte français Charles Girault (celui du Petit Palais à Paris). On sait ce qu’il en advint.

Le musée de Tervuren est le plus riche musée du monde pour l’Afrique centrale. Il possède 250 000 objets (on ne peut en admirer que 2 %), 600 000 photos et 600 films d’avant 1960, dix millions de spécimens de la faune, toute les cartes géologiques et par satellites, etc. Un trésor enrichi par une centaine de scientifiques de haut vol dont les meilleurs connaisseurs des langues bantoues. Mais le musée reflétait trop peu cette richesse. Un musée vieillot, encore trop ancré dans l’époque coloniale comme le montre la statue, dans le hall d’entrée, montrant la Belgique "ap portant la civilisation aux Congolais".

Le musée a pourtant beaucoup de charme (qui sera largement conservé dans la rénovation) : son parc, son architecture 1900, son parfum de colonialisme qui y règne toujours. Les visiteurs adorent ce musée qui est souvent leur première entrée en Afrique. Mais il fallait changer, car ce musée n’est plus du tout adapté à la muséographie moderne. On n’y trouve ni vrais cafétéria, auditorium, sanitaires ou salles d’expos temporaires dignes de ce nom, ni air conditionné. Et de plus, il ne répond plus à notre regard contemporain sur l’Afrique, basé sur l’échange culturel et les questions d’émigration et de biodiversité.

Après un concours, c’est le bureau de Stéphane Beel qui a été choisi en 2007. C’est un de nos plus importants architectes, auteur de l’aile neuve du Singel à Anvers et du musée M de Leuven. Il s’est, entre autres, associé ici, à l’architecte de jardins Michel Devisgne.

Son objectif était non seulement de préserver le musée mais même de retrouver tout son éclat ancien, restaurant les espaces intérieurs, les vues sur le parc, la circulation, l’éclairage naturel, etc. Tout en apportant au musée les nouveautés indispensables et augmentant largement les surfaces d’exposition (+40 % pour l’expo permanente et +100 % pour les temporaires). Il a cherché à préserver tout autant l’extérieur du musée. Son premier choix a été de changer l’entrée du musée qui se fera au bout de la prestigieuse avenue de Tervuren, et non plus par l’entrée actuelle, le long de la dangereuse route de Louvain.

Le nouveau "bâtiment d’accueil", un parallélépipède tout en verre (notre photo), est la clé de voûte de son projet. On y trouvera la cafétéria, l’accueil des visiteurs, la librairie, les vestiaires, l’auditorium, etc. Toutes fonctions non prévues dans le musée de Girault. De là, on aura des vues superbes sur le parc de Tervuren et sur le bâtiment centenaire. Les visiteurs emprunteront alors un souterrain pour déboucher cent mètres plus loin au cœur du musée de Girault, dans une cour intérieure, creusée et vitrée pour faire entrer la lumière naturelle dans le souterrain. Le passage dans les caves prévoit des espaces de quelque 1200 m2 pour des expositions temporaires (on peut y constituer à volonté un auditorium). Les deux murs du couloir proprement dit, servant d’expo d’introduction à l’Afrique actuelle.

Le visiteur débouchera dans la cour du musée par un escalier monumental, à côté de l’atelier musique et de l’atelier enfants. Le reste du musée ancien sera rénové pour retrouver son aspect initial mais avec une muséographie totalement neuve, sauf quelques salles qui garderont leurs vitrines (classées) et leur look d’origine. Quatre circuits de visite sont prévus : la rencontre avec les peuples, l’histoire, les ressources minérales et non minérales, et les paysages et la biodiversité.

Notons l’influence de la commission des monuments et sites. Par rapport au projet initial, deux éléments ont été revus. Le pavillon de verre a dû être "raboté" pour qu’il ne dépasse pas en hauteur les corniches du musée ancien et le projet de parking sous les arbres, à l’entrée du parc, a été rejeté. Il faut maintenant trouver une alternative avant 2017.

Le coût total des travaux est de 66,5 millions d’euros auxquels s’ajoutent 6 millions pour l’aménagement du musée. Notons que ces montants sont largement débudgétisés (l’Etat a fait un emprunt). Une solution exceptionnelle, acquise par un accord politique ponctuel et qui ne vaut hélas pas pour d’autres projets muséaux comme le déménagement du musée d’Art moderne au Vanderborght (l’Inspection des Finances a marqué son accord en juillet et le dossier est maintenant à la Régie des bâtiments), pour lequel le budget, 11 millions, doit être trouvé dans les limites budgétaires.


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