Toute l'originalité du musée de LLN

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Arts et Expos

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Aux Etats-Unis, toutes les grandes universités ont leur musée, souvent richement doté par les Trustees et riche de fabuleuses collections. En Europe, par contre, ils sont très rares. Et l'art est souvent absent des universités alors que la création artistique devrait être, bien sûr, au centre d'un lieu de créativité et d'innovation, même pour ceux qui pratiquent les sciences "dures".

Louvain-la-Neuve a innové en 1979 grâce au professeur Ignace Vandevivere qui a convaincu les autorités académiques de construire un musée dans le bâtiment de Jean Cosse, à la Grand-Place. Un musée modeste de 680 m2, mais qui s'est progressivement enrichi grâce à plusieurs donations importantes. Il compte aujourd'hui 14 000 numéros d'inventaire, emploie l'équivalent de 11 temps plein et organise régulièrement des expositions temporaires. Il reçoit 10000 visiteurs par an, souvent venus des écoles. Les universitaires viennent aussi, mais une action de sensibilisation vers eux reste nécessaire, reconnaît le nouveau directeur Joël Roucloux, 38 ans, qui vient d'être désigné à la tête du musée deux ans et demi après la mort de son fondateur.

Mercredi, Joël Roucloux inaugurera son mandat avec sa première exposition comme directeur, consacrée aux estampes de Goya, Miró et Picasso (et quelques Dali et Tapies), de la collection Eugène Rouir. L'exposition vaut surtout par ses séries complètes : celle sur la tauromachie de Picasso et celle du "courtisan grotesque" de Miró. Cette expo arborant trois noms connus, pouvant ainsi drainer des visiteurs nouveaux vers ce musée original.

"J'ai choisi ce thème aussi comme un clin d'oeil à Ignace Vandevivere qui était un grand hispanisant et en souvenir d'une expo à Charleroi autour de Picasso, Miró et Dali et qui m'avait marqué à l'adolescence".

Joël Roucloux est né en 1968 et est depuis peu, docteur en histoire de l'art et archéologie. Il enseigne aussi à l'université. Il a fait son entrée au musée dès 1995, comme coresponsable du service éducatif et participa à ce titre à une dizaine d'expos.

Il rappelle que sa vocation vers l'art est née à l'adolescence avec cette expo carolorégienne et avec l'ouverture du musée d'art moderne à Bruxelles. Ce qui le passionne dans l'art ? "Le lien, répond-il, entre la dimension du concept et la dimension de la perception". Il a réalisé son mémoire de licence sur "l'affaire Chirico" et sa spécialité est plutôt l'art du XXe siècle.

Le musée de Louvain-la- Neuve n'est pas simple à gérer, car ses collections sont un assemblage de différentes donations qui chacune impose des obligations particulières avec lesquelles la direction doit jouer.

Bob Verschueren

Le musée contient toujours une impressionnante collection de moulages venus des fonds propres de l'université et qu'on entrevoit aux portes des caves. Ainsi que des collections diverses des facultés scientifiques dont plusieurs objets particulièrement évocateurs forment, au musée, un cabinet de curiosités. C'est l'arrivée du legs Delsemme en 1990, qui a amené le musée à devenir celui du "dialogue" entre les civilisations et les époques. On y trouve en effet de très beaux objets de diverses civilisations mêlées à des oeuvres de Magritte, Delvaux et Picasso. Le legs Delsemme qui doit rester entier, peut être exposé dans sa diversité, dans une partie du musée aménagée spécialement comme un choeur d'église avec ses chapelles collatérales. Petit à petit, par les legs, le musée est devenu un musée de la gravure, du dessin et de la peinture avec la collection de dessins Meeus, la collection Rouir d'estampes, l'apport récent du legs Van Ooteghem ou encore celui de la Fondation pour l'art belge contemporain de Serge Goyens de Heusch qui impose la présentation permanente de 15 oeuvres au moins.

Joël Roucloux veut évoluer dans la continuité. Il ne veut pas transformer le lieu en un "simple" musée d'art moderne ou un centre d'art contemporain. Il souhaite garder cet espace de "dialogues", signe de la diversité des collections qui est en phase, dit-il, avec la diversité des enseignements à l'université.

Mais il veut libérer aussi un large espace pour des expositions comme celle qui s'ouvre ce mercredi, sur les trois artistes espagnols. Et il veut un espace spécifique pour l'art des XXe et XXIe siècle : "Le dialogue reste donc ce qu'il a toujours été, un principe d'ouverture et non d'exclusion une corde essentielle à notre arc."

"Mais je voudrais, en plus, ouvrir le musée à des médias plus contemporains comme les installations et la vidéo. En mai, pour la prochaine biennale d'art contemporain de Louvain-la-Neuve, nous avons ainsi demandé à Bob Verschueren de créer une installation au coeur du musée, intégrant le végétal et les estampes".

Le nouveau musée

Reste la question pendante depuis des années d'un nouveau musée ? On avait envisagé un musée sur le lac de Louvain-la-Neuve avec l'architecte japonais Risho Kurokawa. Projet abandonné depuis. Par contre, l'architecte Philippe Samyn avait dessiné un nouveau musée juste à côté de la grande aula. Mais si cette dernière a été achevée, le beau musée de l'architecte reste toujours dans les limbes.

On parle aujourd'hui d'une "bonne raison d'espérer" et d'un généreux donateur qui pourrait apporter les fonds de manière décisive à ce musée. "Du point de vue du musée, explique Joël Roucloux, un nouveau musée est nécessaire. Nos surfaces d'exposition deviennent trop justes par rapport aux exigences des donateurs, et dans le nouveau musée, la surface d'exposition sera multipliée par trois ou quatre. D'autre part, nos réserves sont actuellement éparpillées faute de place. Et enfin, le musée actuel manque de visibilité. Maintenant qu'il y a un nouveau recteur et un nouveau directeur du musée, la réflexion est en cours avec une bonne prise de conscience par les autorités académiques de l'intérêt de ce nouveau musée." A Louvain-la-Neuve, on croise les doigts.

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