Arts et Expos

On sait pertinemment bien, le cinéma ou des scènes accidentelles l’ont démontré à satiété, que l’horreur parfois la plus abjecte peut attirer les foules. Une horreur souvent associée à la laideur qui, par sa singularité, aimante aussi les regards. C’est en grande partie sur ce constat que l’artiste Gauthier Hubert a construit son exposition de peintures à l’huile et de dessins à la mine de plomb. En quelque sorte, sur une dichotomie et une ambiguïté : la séduction du laid !

Comment admirer ce qui est considéré comme repoussant selon les critères ambiants à notre époque tout particulièrement axée sur l’apparence de l’esthétiquement beau ? Elément de réponse : à travers une peinture qui parvient en quelque sorte à transcender le sujet traité par ses qualités intrinsèques qui en font justement une œuvre d’art ! De Goya à Freud, les exemples ne manquent pas dans l’histoire de l’art ancien ou contemporain, et c’est précisément en ce créneau que se glissent les œuvres exposées de Gauthier Hubert qui renoue ainsi avec le beau métier qui a si souvent été mis à mal au cours du siècle passé.

Il y revient, mais pas à la manière des anciens, pas en forme d’imitation ou de copie, en tenant compte des acquis de la modernité et du contexte actuel. La force et la particularité de cette peinture proviennent à la fois d’une charge historique et d’une vision d’aujourd’hui, le tout contracté en chaque tableau ou dessin, comme si le temps était démultiplié.

Cet "ici et maintenant pictural" manifeste clairement ce qu’il doit aux siècles précédents. A voir à ce propos le portrait "Anna Meyer 502 ans, version II", tout concourt à une mixité et à une dilatation du temps. Remarquable !

La plupart des sujets traités ont quelque chose qui dérange et qui peut même aller jusqu’au révulsant; sans doute, parce que cela touche l’humain et que l’effet miroir ne peut manquer de se manifester. Un homme qui se tord de douleur, une femme le visage ensanglanté, un monstre à trois têtes, une belle femme au regard absent, un visage de diable ou une série de dessins intitulés Rire Jaune. Le secret de cette peinture, qui séduit et convainc immanquablement, est au moins triple.

Tout d’abord, il y a la qualité du rendu pictural jusque dans les moindres détails, et cela compte énormément dans ce cas précis, cela sans oublier le rôle primordial des couleurs; ensuite, il y a l’humour qui s’invite un peu sournoisement en second degré et, enfin, il y a, en plus d’un jeu de références culturelles, notre inévitable implication humaine et de sentiments. En sus, cette peinture interpelle terriblement, car elle remet en cause une bonne part des a priori du contemporain ! Du grand art.

Gauthier Hubert. C’est la peinture qui nous regarde. WE project, rue Emile Regard, 20, 1180 Bruxelles. Jusqu’au 23 décembre. Je et ve de 10h à 16h et srv www.weproject.be