Toutes les expos de l’automne à ne pas rater

Dossier, Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

L’automne donnera lieu a quelques inaugurations marquantes. Et d’abord, le fort attendu Louvre-Lens qui sera inauguré le 4 décembre sur les collines boisées au-dessus de l’ex-ville minière, tout près de la Belgique (le public belge est visé par le Louvre !). Le bâtiment de Kazuyo Sejima de l’agence Sanaa est superbe, tout en transparence et fluidité. Le Louvre y déposera des œuvres marquantes sur 20 000 m2 et dans une "ligne du temps". Un projet qui aura coûté, au total, 150 millions d’euros.

Auparavant, le Louvre, à Paris, aura inauguré le 22 septembre son nouveau département des arts islamiques, grâce à des fonds venus du Golfe. La cour Visconti et 3 500 objets islamiques ont été pour l’occasion recouverts d’un superbe "tapis volant", dû à l’architecte Rudy Ricciotti, une "aile de libellule", une couverture de verre, dorée et tissée d’un fin réseau métallique ondulant.

Autre grand moment : l’ouverture, le 22 septembre, par la Reine, du nouveau Stedelijk Museum à Amsterdam. Ce musée fut longtemps à l’avant-garde de l’art avec Rudy Fuchs, mais était fermé depuis 2004 déjà. Il rouvre avec une spectaculaire extension due aux architectes Bethem Crouwel, en forme de "baignoire" (les Amstellodamois l’ont déjà surnommée de "Badkuip"). L’expo inaugurale, "Beyond imagination", est consacrée aux jeunes artistes habitants aux Pays-Bas. Juste à côté, le musée Van Gogh fermera pour sept mois et exposera alors ses chefs-d’œuvre à l’Hermitage d’Amsterdam à partir du 29/9.

En Belgique, la caserne Dossin, à Malines, lieu de passage pour la déportation des Juifs, sera inaugurée fin novembre comme musée, transformée par l’excellent architecte Bob Van Reeth. Il deviendra "le mémorial, musée et centre de documentation sur l’Holocauste et les droits de l’homme". Soulignons aussi la vitalité des collectionneurs privés belges. La très riche Deweer Gallery ouvrira un quasi-musée le 16 septembre, à Otegem, près de Courtrai.

Par contre, le Musée fin de siècle à Bruxelles, annoncé pour cet automne est, comme on le sait, reporté au 7 mai 2013. Installé dans le "trou" et à la place du musée d’Art moderne, à la place Royale, les travaux ont pris du retard et l’ouverture en octobre de la fort attendue exposition "Jordaens et l’Antiquité" a retardé encore son ouverture. Il était, en effet, exclu que des gros travaux entraînant des vibrations aient lieu juste sous l’accrochage de l’exposition Jordaens.

Pour le reste, on peut répéter la liste des musées fermés pour de longues rénovations et extensions : le musée de l’Afrique centrale à Tervuren, le musée des Beaux-Arts à Anvers, le musée Picasso à Paris qui rouvrira finalement en juin 2013, le musée d’Art moderne à Bruxelles, toujours en attente d’un lieu provisoire et d’un lieu définitif. Au musée de Louvain-la-Neuve, signalons l’entrée en fonction d’une nouvelle directrice, Anne Quérinjean, qui devra mener le projet de déménagement dans la belle bibliothèque des sciences d’André Jacqmain.

Cet automne, il y aura plusieurs manifestations d’envergure. À Venise, s’ouvre, fin août, la Biennale d’architecture avec, comme commissaire cette année, l’excellent architecte anglais David Chipperfield, auteur, entre autres, de la rénovation du Neues Museum de Berlin et des extensions du Folkwang Museum à Essen. C’est la Flandre, cette année, qui y représentera la Belgique avec un projet "The ambition of the territory" qui veut réétudier le bâti en Flandre, avec le bureau De Vylder Vinck Tailleu et l’artiste Ante Timmermans. Notons que le parfois contesté pavillon (une halle) créé par Pol Robbrecht pour le centre de Gand sera évoqué à la Biennale comme son pavillon du Middelheim.

Notons aussi, à Malines, l’ouverture de Newtopia, une manifestation ambitieuse et originale menée par la commissaire Katarina Gregos (celle qui mena aussi la très bonne Manifesta 9 de Genk) autour des droits de l’homme et de l’art. Le 6 octobre commencera à Lille (et aux alentours, jusqu’à Mons et au Grand Hornu), le grand "festival artistique" "Fantastic" sur les arts et le fantastique, mêlant événements grand public (une spectaculaire fête d’ouverture le 6/10) et art contemporain comme Lille peut le faire.

Notons aussi la prometteuse et originale manifestation autour du Maroc contemporain et créatif avec le "Daba festival" organisé par la Communauté française. Plusieurs expositions auront lieu dans ce cadre : à Bozar, avec les excellents Hassan Darsi et Faouzi Laatiris, au BPS 22, à Charleroi, avec, entre autres, Mounir Fatmi et Charif Benhelima, à la Centrale au cœur de Bruxelles autour de la jeune création et aux Halles de Schaerbeek, qui mènent le festival, avec le salon de thé très pop d’Hassan Hajjaj.

Voici une liste, par ailleurs, de quelques expositions marquantes de cette fin d’année.

SEPTEMBRE

Dès le premier septembre, en parallèle avec la Biennale d’architecture, le Palazzo Grassi de Venise inaugurera l’expo "Paroles des images", basée sur les vidéos de la collection Pinault. Dans les rues de Mons (du 31 août au 16 septembre) et à l’Iselp, à Bruxelles, jusqu’au 14 octobre, on retrouvera l’original parcours de "City Sonics" consacré aux artistes des arts sonores. Le "Muzee" d’Ostende célèbre, dès le 15/9, le peintre abstrait Victor Servranckx (1897-1965). Le musée des Beaux-Arts de Bruxelles s’exportera un peu avec l’exposition "Rubens, Van Dijck, Jordaens", au musée Marmottan à Paris qui montrera 41 tableaux des collections bruxelloises.

Le Botanique propose une expo monographique de Pascal Bernier dont on connaît les "accidents de chasse", ces animaux empaillés et avec des bandages. Singulier et intéressant. Le Mac’s, au Grand-Hornu, ouvrira le 10/9, son "cabinet d’amateur" aux œuvres de Marc Octave.

Le Wiels, à Bruxelles, poursuit son cycle sur des femmes artistes et sur les grands noms belges : à partir du 22/9, Joëlle Turlinckx, qui jouit d’une belle notoriété internationale, mais avec une œuvre exigeante, austère, qui souvent questionne le lieu même où elle est exposée et change notre regard.

Le musée de la Gravure et de l’Image imprimée, à La Louvière, propose "Le surréalisme dans les collections" (28/9).

La Fondation Boghossian, à Bruxelles, propose à partir du 20/9, "Edouard et Cléopâtre. Egyptomanies depuis le XIXe siècle", la mode égyptienne depuis la campagne de Napoléon Bonaparte, jusqu’aux livres d’Astérix. L’Egypte a toujours passionné les chercheurs comme les amateurs d’art et d’antiquités.

A Londres, la Royal Academy of Arts propose une de ses grandes expos dont elle a le secret avec, cette fois, le thème du bronze dans l’art depuis la préhistoire jusqu’à l’art contemporain. A Londres aussi, à la Tate Britain, une exposition fera la fête aux Préraphaélites, une belle spécialité anglaise qui revient à la mode et rêvait de la Renaissance (à partir du 12/9).

A partir du 26/9, et après les monographies consacrées à Jean-Michel Othoniel et à François Morellet en 2011, c’est l’œuvre de Bertrand Lavier que le Centre Pompidou met à l’honneur à travers une rétrospective sans précédent conçue en complicité avec l’artiste. Le Centre Pompidou poursuit ainsi son engagement auprès des grandes figures de la scène française contemporaine. Septembre sera le mois de Canaletto à Paris, avec deux expositions concurrentes consacrées au grand peintre vénitien : "Canaletto et Guardi" (14/9) au musée Jacquemart-André et "Canaletto" au musée Maillol (19/9).

Le Grand Palais montre une expo thématique comme il les aime avec, cette fois, "Bohèmes" ou la vie de bohème vue par les artistes, depuis Turner et Courbet, jusqu’à Van Gogh et Matisse.

Le Palais de Tokyo, dirigé dorénavant par Jean de Loisy, propose sa première expo monographique sur un artiste français actuel avec Fabrice Hyber et un ensemble sur le thème alléchant d’"Imaginez l’imaginaire" à partir du 26/9. Le musée d’Orsay offrira une confrontation entre l’impressionnisme et la mode (25/9).

En Allemagne, on attend beaucoup de la grande expo du musée Wallraf-Richartz de Cologne (1/9) qui se propose de reconstituer l’expo mythique de 1914 intitulée "Sonderbund" où furent exposées 650 œuvres maîtresses de la modernité, de Cézanne et Van Gogh à Picasso. L’expo a pu rassembler 120 tableaux de cette exposition centenaire. Düsseldorf rendra hommage, au Kunstpalast, à un photographe majeur de son école, Andreas Gursky (23/9).

Le musée des Beaux-Arts de Gand évoquera Théo Van Rysselberghe, né à Gand il y a 150 ans. Il possède un grand nombre de ses peintures, dessins, œuvres graphiques et livres, et les regroupe pour la première fois dans une présentation.

Et rappelons, bien sûr, les ouvertures en septembre du Stedelijk Museum à Amsterdam et de la section des arts de l’Islam au Louvre.

OCTOBRE

Deux grandes expositions s’ouvrent ce mois-là, à Bruxelles. Au musée des Beaux-arts, ce sera (12/10) "Jordaens et l’Antiquité". De quoi changer l’image qu’on a d’un peintre d’une simplicité bourgeoise s’adressant à un public peu au fait de l’humanisme. L’exposition montrera une tout autre facette de Jordaens. L’accent sera mis sur l’intelligence stratégique de Jordaens en matière d’image et de marché.

Au Bozar, on célébrera les 60 ans de la mort de Permeke en confrontant le grand peintre flamand à des artistes d’aujourd’hui aussi majeurs que Thierry De Cordier pour les paysages et Marlène Dumas pour les nus (11/10).

Jan Fabre exposera ses bronzes et ses cires (36 autoportraits avec sa tête portant des cornes d’animaux) dans les salles du musée d’Art ancien à Bruxelles à partir du 12 octobre.

Le musée du Cinquantenaire reviendra sur "Chypre ancienne", déjà montrée cet été à Bozar, avec des pièces de l’Antiquité sur l’île. Paul Delvaux sera mis à l’honneur au musée d’Ixelles (11/10).

Près de chez nous, à l’étonnant musée de Flandre, sur la colline de Cassel, près de Lille, on évoquera "Yourcenar et la peinture flamande ", tandis que le musée des Beaux-arts de Lille proposera, dès le 6/10, sa grande expo sur les "Fables du paysage flamand" avec Bosch, Brueghel, Bles, Bril, en lien avec le musée bruxellois des Beaux-arts où un parcours lié à ça sera proposé et avec Flagey pour des concerts et vidéos. Rappelons, bien sûr, le démarrage de "Fantastic" à Lille, le 6/10.

Dès le 3 octobre, le Centre Pompidou présente la première grande exposition de l’artiste plasticien Adel Abdessemed. Depuis son apparition sur la scène artistique autour de 2000, l’œuvre d’Adel Abdessemed a été perçue comme une réponse à la situation du monde contemporain avec tous les mouvements convulsifs qui le traversent, un moment fort attendu.

Le musée de l’Orangerie fêtera Soutine (1893-1943), dès le 3/10, un peintre dont il possède de nombreuses toiles. Le Grand Palais devrait attirer la grande foule avec une nouvelle rétrospective Edward Hopper (10/10). Le Palais de Tokyo présentera un des peintres actuels les plus étranges et formidables, qu’on avait découvert il y a 3 ans à la Biennale de Venise, l’Autrichien Markus Schinwald, créateur de mondes singuliers au départ de l’art ancien.

Le musée d’Art moderne de Paris reviendra sur la dernière guerre mondiale ou comment les artistes ont vécu ces années-là. Avec l’accent, bien sûr, sur le Picasso de "Guernica" (12/10).

Ne ratez pas l’exposition Anish Kapoor (12/10) au musée De Pont à Tilburg, près d’Anvers, ou revoir l’artiste après sa grande tour des J.O. A Rotterdam, au Boeijmans Van Beuningen, il y aura une expo autour de Jan Van Eyck avec des tableaux de lui mais aussi des œuvres qui expliquent ses sources d’inspiration (13/10).

En Allemagne, le musée Ludwig de Cologne reprend l’expo sur les grands paysages de David Hockney, une expo qui fit sensation au début de l’année à la Royal Academy de Londres (27/10).

NOVEMBRE

Le Mac’s, au Grand Hornu, en lien direct avec le festival "Fantastic" de Lille, proposera une expo reliant l’art et la science-fiction avec une pléiade d’artistes a priori complètement opposés comme Charlier, Kapoor et Malevitch (18/11).

La Fondation Cartier, à Paris, montrera la première exposition européenne entièrement consacrée au peintre actuel chinois Yue Minjun, une des stars du marché, avec toujours son même personnage au sourire figé et énigmatique (14/11).

Le Louvre présente une exposition importante sur Raphaël à Rome, c’est-à-dire les dernières années de la courte vie du grand peintre (11/10).

La Tate Modern à Londres met à l’affiche une expo thématique à partir du 14/11 : "A Bigger Splash", reliant la peinture et la performance depuis 1950 avec Pollock, Hockney, Niki de Saint Phalle, Cindy Sherman, etc.

Le Centre Pompidou fera salles combles avec Salvador Dalí à partir du 21/11. Ce sera un test de popularité pour le peintre catalan si controversé. Quelle sera l’affluence plus de 30 ans après la rétrospective que l’institution lui avait consacrée en 1979-1980 et qui demeure, à ce jour, le plus grand succès de fréquentation de son histoire ? Avec plus de deux cents œuvres (peintures, sculptures, dessins ) présentées dans un parcours conçu en sections chrono-thématiques : le dialogue entre l’œil et le cerveau du peintre et du spectateur ; Dalí, pionnier de la performance, etc.

Le peintre américain Robert Indiana, connu dans le monde pour ses représentations emblématiques du mot LOVE, sera au Grand Palais (21/11).

DÉCEMBRE

Le Wiels propose, dès le 15/12, une exposition de l’artiste camerounais habitant Gand Pascale Marthine Tayou.

EN 2013

Notons déjà, pour 2013, une rétrospective Roy Liechtenstein à la Tate Modern de Londres. Une exposition Watteau à Bozar en février, en lien avec le chef d’orchestre William Christie et le formidable peintre belge Michaël Borremans. Bozar proposera aussi une expo sur Neo Rauch, ce sera une des trop rares occasions pour le public belge de voir ce représentant très important de la peinture allemande actuelle. Et Bozar ajoute une expo avec l’Irlande autour du studio de Francis Bacon (reconstitué au musée de Dublin. En mars, le musée des Beaux-arts de Bruxelles propose Constantin Meunier. A Paris, à Orsay, on nous plongera dans "l’Ange du bizarre", de Goya à Max Ernst. On montera le fantastique travail de Jean Prouvé ("Maisons pour des jours meilleurs") au Grand Palais et l’expo "Lumineux ! Dynamique !" dans le même lieu, montrera comment de nombreux artistes actuels se sont attachés à traiter les notions de vision, d’espace, de lumière, de structures, de mouvements dans leurs œuvres, avec des installations dans lesquelles le visiteur est partie prenante, d’Olafur Eliasson et Ann Veronica Janssens, aux miroirs kaléidoscopiques de Jeppe Hein et d’Anish Kapoor ou aux réalisations in situ de Felice Varini.

Publicité clickBoxBanner