Arts et Expos

Il y a à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne est que la nouvelle exposition à la Maison particulière à Ixelles, très différente des précédentes, est superbe et sera visible très longtemps, jusqu’au 30 avril. La mauvaise est que ce sera la dernière de ce lieu privé, hors du commun, ouvert il y a cinq ans par les collectionneurs et mécènes Myriam et Amaury de Solages.

Le public amoureux de l’art a aimé découvrir cette belle maison de maître à côté de la place du Châtelain, aménagée avec ses livres, ses fleurs, ses meubles design pour montrer l’art contemporain d’autres collectionneurs, dans un lieu à échelle humaine qui a « l’acuité de l’émotion et la puissance du songe ».

« Ce sera notre dernière exposition, nous explique Myriam de Solages. Elle clôt un cycle commencé il y a cinq ans, en avril 2011 avec l’exposition Origine(s) et le même écrivain invité qu’aujourd’hui, Victor Ginsburgh. Elle est très différente des précédentes. On arrête car nous ne voulons pas entrer dans une certaine routine et nous répéter. Nous avons mis en lumière pendant ces cinq ans, les collections des collectionneurs. On pense maintenant nous concentrer plutôt sur les artistes. On ne sait pas encore comment, on verra. Mais ce sont bien sûr, les artistes qui sont les plus importants et il faudrait dans une ville comme Bruxelles que l’art soit encre davantage dans la ville. »

Myriam de Solages précise que « bien sûr, nous resterons à Bruxelles et nous pensons même l’an prochain, après dix ans de résidence ici, devenir belges.» L’arrivée du Centre Pompidou au Citroën lui fait d’ailleurs dire que ce futur musée devra avant tout développer des projets autour des artistes belges et de la scène bruxelloise.

© Jaume Plensa - Carmela, 2015

Enfer, purgatoire, paradis

En attendant de connaitre les nouveaux projets des de Solages, il faut profiter de ce cadeau qu’est leur ultime expo.

Elle est volontairement réduite à 30 œuvres et 19 artistes et le choix des oeuvres a été fait par Myriam et Amaury de Solages avec les artistes. Le thème est la Divine Comédie de Dante et l’expo est un parcours qui va de l’enfer, au rez-de-chaussée, au purgatoire, au premier étage, et au paradis, au second. Chaque artiste y donne aussi sa définition de l’éternité.

Un artiste est le fil rouge, l’Italien Angelo Musco qui compose de très grandes photographies faites de milliers de corps assemblées de manière virtuose pour dire tantôt l’enfer, tantôt la tour de Babel, tantôt l’infini.

Beaucoup d’œuvres sont d’une rare beauté. Comme dans le bureau, la grande tête anamorphosée en marbre de Jaume Plensa qu’on croirait surgie de terre dans sa blancheur. Ou, sur tout un mur, le magnifique tableau de Claudio Parmiggiani formé de constellations de traces de papillons émergeant d’un gris de fumée.

© maison particulière

Sur le mur du fond le grand tableau aux papillons, de Claudio Parmiggiani.

Proust

Un grand cygne de fils de David Altmejd côtoie les tableaux de Marcel Berlanger. Michel François y a reconstitué sa fragile « Pièce détachée », assemblage géant qui s’écroule si on touche à un seul élément. Chiaru Shiota a tissé ses fils comme une idée de l’éternité et Fabrice Samyn a peint en or les chemins des insectes dans une branche morte.

Au second étage, on est subjugué et méditatif devant un grand bouddha mélancolique de Chine et par une installation hypnotique de James Turrel.

On rappelle aussi cette belle citation de Proust qui pourrait être la définition de la Maison particulière : « Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini. »


From here to eternity, jusqu'au 30 avril, à la Maison particulière, rue du Châtelain, 49, 1050 Bruxelles, du mardi au dimanche de 11h à 18h.