Arts et Expos C’est le défi réussi du musée Valéry. A voir aussi le travail récent d’Othoniel.

Il fallait oser ! C’est ce que Maïthé Vallès-Bled, la directrice entreprenante du musée Paul Valéry a fait en ajustant son exposition estivale d’un intrigant "Un chef-d’œuvre, une exposition".

Le défi n’est pas mince mais, vu l’enthousiasme de la presse, des invités au vernissage, le coup d’audace devrait se muer en coup de génie.

Enfin une directrice de musée qui ose bousculer les attendus et provoquer son public en l’invitant à regarder un seul et unique tableau !

Ni surenchère, ni populisme, mais la conscience de quelqu’un qui voit la réalité en face : comment appeler à regarder un tableau pour ce qu’il est, ce qu’il a de particulier ?

A mille lieues des sempiternelles mises en exergue d’expositions fleuves dont l’on ne retient que le nom de l’artiste ou la thématique plus ou moins bidon et un vague sentiment de joie d’avoir vu ce qu’il convenait de voir, c’est-à-dire une exposition comme une autre avec ses œuvres phares mais aussi, pour faire nombre, ses pièces d’importance très secondaire, voici une exposition qui tranche dans le vif et vous allume avec la valeur ajoutée de ne cibler qu’une seule œuvre, maîtresse.

L’Immaculée Conception

Le monumental tableau du Gréco (1541-1614) est un chef-d’œuvre, en effet. Prêt exceptionnel du musée de Santa Cruz, de Tolède, il provient de la chapelle Oballe de cette même ville et fut achevé un an avant la disparition du peintre.

Empreint de mysticisme, témoin de la Contre-Réforme, ce tableau recèle les ingrédients chers à l’artiste : l’allongement des formes qui ajoute au mouvement, d’élévation de la Vierge en ce cas-ci; des jaunes, rouges et bleus si caractéristiques du Greco.

Enfin, il est tenu pour le testament artistique d’un artiste avant tout épris de beauté, de lumière, de couleur. Pour en détailler à l’aise contenu et contenant magistraux, dix canapés blancs ont été disposés face à cette "Immaculée Conception" qui n’aura jamais été aussi bien regardée, détaillée. Dans des salles annexes, quatre vidéos explorent la vie, l’univers, les qualités, la Modernité du Gréco.

Othoniel et ses jeux de boules

Au Centre régional d’art contemporain, autre lieu incontournable de tout séjour à Sète (sans oublier le musée des Arts modestes et l’Espace Brassens), bel ensemble récent de Jean-Michel Othoniel (Saint-Etienne, 1964).

Ses "Géométries amoureuses" s’offrent à vous en deux lieux distants de quelques kilomètres, le Carré Sainte-Anne, à Montpellier en proposant une variante.

Des deux côtés, les pièces à conviction sont des créations récentes, parfois explosives, et pas toujours aussi ludiques qu’elles peuvent apparaître.

La "Grande Vague"

A Sète, il y a sa "Grande Vague", impressionnante, sauvage, composée de milliers de briques en verre soufflé réalisées par des artisans indiens. Il y a ses dessins délicats et précis. Ses sculptures en obsidienne. Et, de salle en salle, ses cordons de boules colorées pour la joie, noires pour la peine.

"Pour Othoniel, ré-enchanter le monde est un acte poétique et politique. Artiste singulier, depuis la fin des années 1990 il développe un monde merveilleux où le beau n’est plus une donnée esthétique, mais une condition d’existence."

Musée Paul Valéry, 34200 Sète. Jusqu’au 1er octobre. Informations : www.museepaulvalery-sete.fr

Crac, 34200 Sète. Jusqu’au 24 septembre. Informationss : www.crac.languedocroussillon.fr