Arts et Expos

Voilà quelques années que le Mexique a dépassé l’image de ses gloires (Frida Kalho, Diego Rivera, David Siqueiros) pour devenir une des nations marquantes de l’art contemporain. Grâce à ses grands collectionneurs privés, ses galeries (dont Kurimanzutto), ses critiques influents (Cuauhtémoc Medina) et surtout ses artistes parmi lesquels, en tête, le Belge Francis Alÿs.

La collection d’Isabel et Agustin Coppel est la seconde plus importante du Mexique, après la collection Jumex à Mexico d’Eugenio Lopez Alonso (l’Etat est peu présent en art actuel). Après "La maison rouge" à Paris et après Ténérife, le BPS 22 à Charleroi a la chance de pouvoir l’accueillir pour deux mois. Pierre-Olivier Rollin, son directeur peut ainsi montrer des exemples éclairants de la mondialisation de l’art. Il en avait l’occasion car les importants travaux d’agrandissement du lieu ont été postposés à cause de blocages administratifs dont on doit espérer qu’ils se résoudront rapidement.

Agustin Coppel est l’héritier d’une riche famille mexicaine active dans les grands magasins (marque Coppel). Le couple habite au nord-ouest du Mexique, à Culiacan, un lieu où les affrontements entre cartels de la drogue (et police) sont les plus violents (ils ont fait au Mexique 28000 morts depuis 4 ans !). Ils y ouvrent aussi un lieu neuf, dans le jardin Botanique où ils présenteront des œuvres importantes de l’art mondial.

Malgré leur jeune âge (Agustin Coppel a 49 ans), ils collectionnent l’art contemporain depuis 20 ans et ont une collection de 1800 œuvres d’artistes internationaux comme mexicains.

Comme toujours l’exposition d’une collection est le fruit des choix subjectifs du collectionneur et nous apparaît un peu disparate, demandant parfois des explications données à l’entrée dans une brochure au visiteur. La collection montre des traces historiques de l’art contemporain mexicain avec des photos de Lopez Bravo, de l’Américain Ed Ruscha et des œuvres emblématiques des Brésiliennes Hélio Oiticica et Lygia Clark. On peut aussi y sentir la porosité entre l’art actuel mexicain et l’art mondial. Les photos de Thomas Struth et Lothar Baumgarten (qui explore le lien entre l’Europe colonisatrice et l’Amérique sauvage) parlent de la forêt tropicale. Le rituel du Chinois Terence Koh dansant nu avec un squelette répond au beau travail d’Ana Mendieta se baignant nue dans la forêt en s’enduisant de sang. Ils rappellent que la mort au Mexique fait partie de la vie.

Cette porosité se voit bien dans la réutilisation faite de l’âne assis de Maurizio Cattelan. L’Italien l’avait réalisé pour le représenter, un pied de nez rappelant l’âne des "Caprices" de Goya, à une cérémonie en son honneur à l’université de Turin. Ici, il fait face à un néon clignotant de Kendell Geers, indiquant "Order-Border" (ordre-frontière) et il représente la "mule", le surnom des migrants mexicains essayant de passer aux Etats-Unis. Pedro Reyes, lui, a fait fondre des milliers d’armes pour les transformer en pelles et il en offre une à tout musée qui plantera un arbre de la paix.

Hélas, les œuvres les plus chocs de la collection, parlant de la guerre des cartels, n’ont pas été reprises par les commissaires (ont-ils eu peur des réactions du gouvernement qui subsidie ces expositions ?). Comme celles de Teresa Margolles qui avait montré à Venise une œuvre pleine du sang dégoulinant sous le titre "De quoi parler d’autre ?" Ou celles de Santiago Sierra fustigeant en images coup de poing, la violence sociale.

Mais on retrouve au BPS 22, des œuvres des grands noms mexicains d’aujourd’hui : Francis Alÿs (l’ensemble de sa "Ronda". Alÿs sera bientôt au Wiels), Gabriel Orozco (avant la rétrospective que lui consacre Beaubourg) et Damian Ortega (avec entre autres le film décapant de jeunes essayant de dompter au lasso une VW Coccinelle blanche sous la musique de Led Zeppelin). Avec ce trio on a le must actuel au Mexique.

Mais il y a aussi la poésie (beau labyrinthe de gousses d’ail suspendues) et l’humour. Un collectif d’artistes qui a offert à un village une dalle de béton comme "place publique". Mais vite, elle s’est transformée en magasin de cocas (belle métaphore de la marchandisation de l’art). Ou cet artiste qui dépose des journaux écrits en pictogrammes mayas !

BPS22, collection Coppel, jusqu’au 28 novembre, du mar. au dim. de 12h à 18h.