Un musée du XVIIIe siècle à Namur ?

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

L’hôtel de Groesbeeck-de Croix, situé au cœur de Namur, est certainement un des plus beaux immeubles du XVIIIe siècle de la ville, voire de Wallonie. Entièrement réaménagé par l’architecte Chermane en 1750-1752 dans le style rocaille, il est resté quasi intact jusqu’aujourd’hui : un hall de 18 m de long orné de dizaines de stucs tous différents, un beau jardin de buis, des cheminées de marbre dans les pièces, des toiles murales à décor floral, etc.

La ville acquit cet immeuble prestigieux en 1935 et veilla à son entretien et à sa conservation. Elle bénéficia de plus de l’aide importante des Amis de l’hôtel de Groesbeeck-de Croix. En effet, ces derniers ont non seulement agi comme porte-fort de la Ville de Namur pour son acquisition, mais comme il fut cédé sans meubles, c’est cette association de mécènes privés qui, peu à peu, acheta ou reçut par des legs tout le beau mobilier XVIIIe, depuis les tableaux jusqu’aux tapis et tapisseries, des sculptures aux meubles, qui font de cet hôtel un vrai musée du XVIIIe siècle.

Mais, aujourd’hui, l’hôtel se trouve à la croisée des chemins. Il fait partie d’un plan muséal de la Ville de Namur ("Le projet des bateliers") qui consiste à installer, à ses côtés, le futur musée archéologique (aujourd’hui inexistant), à coupler les deux en un ensemble muséal et à nommer un directeur général commun pour les deux. L’ensemble se situe à Namur, au centre, derrière le musée Rops. Un projet qui s’intègre, de plus, dans une demande de la Communauté française. En effet, celle-ci avait longtemps aidé le musée Groesbeeck-de Croix en subsidiant ses collections, mais ce mécanisme fut stoppé par le nouveau décret sur les musées qui exige que le musée réponde aux normes du décret. La Ville s’y emploie.

Le nouveau président des Amis de l’hôtel de Groesbeeck-de Croix, Frédéric de Mevius, a de belles ambitions pour le lieu. Il voudrait que ce soit par un concours international qu’on désigne le futur directeur de l’ensemble formé de l’hôtel et du musée archéologique et, surtout, que l’hôtel se transforme en un vrai musée du XVIIIe siècle, comme il en existe dans plusieurs pays européens (Paris, Vienne) mais pas en Belgique; un lieu qui rappelle la culture de ce siècle mais qui soit aussi un lieu de rencontres, de débats, autour de la création littéraire, artistique et philosophique d’alors. Hervé Hasquin, par exemple, le secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique, soutient cette idée. L’hôtel de Groesbeeck-de Croix a déjà organisé des rencontres de ce type avec, par exemple, un face-à-face entre l’ancien recteur de l’UCL, Bernard Coulie, et le grand maître de la loge du Grand Orient, Henri Bartholomeussen.

Mais les négociations entre la Ville et les Amis de l’hôtel semblent se heurter à des difficultés et les retards irritent la Communauté française. Il s’agit de combiner les légitimes intérêts de la Ville, propriétaire du lieu, et le degré d’implication et les idées d’une association qui se dit prête à continuer à soutenir le lieu, voire à accroître son implication en amenant des sponsors pour l’organisation de ces rencontres, conférences et expositions. Pour l’association, le coût supplémentaire d’un vrai musée du XVIIIe siècle peut largement être supporté par les Amis de l’hôtel. On est proche des élections communales et on ne sait si cette échéance peut accélérer ou retarder un accord. C’est, en tout cas, l’avenir d’un beau lieu qui se joue là.

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