Un nouvel écrin pour les iguanodons

GUY DUPLAT Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Le musée des sciences naturelles à Bruxelles est un des plus riches (en collections!) et des plus dynamiques musées du pays. Chaque année, il attire plus de 250 000 visiteurs dont beaucoup de jeunes que la science fascine. Ses iguanodons, célèbres à travers le monde, ne sont pas toute sa richesse. Et ses expositions temporaires (actuellement «le cerveau») font un tabac. Mais depuis des années, ce musée attend qu'on rénove ses salles et qu'il puisse moderniser de fond en combles sa muséographie. Il a déjà commencé à le faire avec les moyens du bord, mais sans pouvoir rivaliser avec les grands musées à l'étranger souvent moins riches que lui en collections, mais plus riches en moyens financiers. Les choses pourraient enfin changer grâce à l'aide imprévue et très importante (650 millions de francs)... de la région bruxelloise.

Une solution inédite et à première vue surprenante puisque ce musée dépend du gouvernement fédéral. Et c'est à ce dernier que le musée a demandé depuis dix ans, les crédits nécessaires à sa rénovation. En ligne de mire, la rénovation de la prestigieuse aile Janlet. Inaugurée en 1905 pour y abriter, entre autres, les ultra-célèbres iguanodons de Bernissart, cette aile, exceptionnelle par son architecture, abritait bien plus que cela. On y retrouvait autant le squelette du «mammouth de Lierre» qu'un étage entier avec des collections d'invertébrés et des caves labyrinthiques abritant de gigantesques collections. Or, cette aile est dans un piteux état. Le magnifique étage est à l'abandon. Dès 1991, le conservateur du musée, Daniel Cahen mettait en chantier la rénovation de l'aile Janlet. Un projet a été mis au point par le bureau d'architectes «Planing» et a reçu l'assentiment de tous, depuis le conservateur du musée jusqu'à la régie des bâtiments, propriétaire des lieux, en passant par celui des ministres de tutelle. Certes, le coût des travaux paraît important (450 millions de francs), mais il faut se souvenir que la rénovation du musée des sciences naturelles de Paris a coûté 4 milliards! Daniel Cahen a de vastes projets pour cette aile rénovée, y compris l'installation à l'étage d'une grande exposition permanente sur la vie. «C'est bien plus que rénover la salle des iguanodons», répète-t-il.

DIX ANS D'ATTENTE

Mais hélas, les crédits ne suivent pas. De budgets en contrôles budgétaires, la décision ne vient pas. Et finalement, la solution pourrait venir grâce à M. de Donnea. La région bruxelloise bénéficie chaque année de 4 à 5 milliards de francs de l'Etat fédéral dans le cadre des accords de coopération. Ces crédits sont destinés à financer des travaux qui tiennent compte du rôle de capitale que joue Bruxelles. «Dans le cadre du plan régional de développement,

nous confirme le ministre-président, il est prévu que la région développe des projets-phrares comme on l'a fait avec Bruxelles 2000. Des projets culturels entre autres. Et pour moi, la rénovation du musée des sciences naturelles et des crédits pour moderniser toute la muséographie de ce lieu (200 millions de crédits en plus des 450 de la rénovation de l'aile Janlet) cadrent parfaitement avec cet objectif. On pourra faire du musée une grande vitrine des sciences. Je préfère utiliser ces crédits pour des grandes opérations qui peuvent augmenter le rôle-clé de Bruxelles, comme Bilbao l'a fait avec le musée Guggenheim». M. de Donnea doit proposer cet investissement au comité de gestion des accords de coopération. Et il doit encore obtenir l'aval du gouvernement fédéral. Mais il a bon espoir et bénéficie déjà de l'appui des ministres de tutelle des musées, MM. Ylieff et Picqué.

TROIS ANS DE TRAVAUX

Les travaux pourraient être effectués et financés en trois ans. Il est bien entendu surprenant de voir un musée fédéral financé par une région. N'est-ce pas mettre le doigt dans un engrenage qui verrait l'Etat central se décharger sur les régions de ses obligations à l'égard des institutions scientifiques et de ses musées? «Non,

estime M. de Donnea, l'accord de coopération, c'est encore des crédits fédéraux et le musée des sciences me paraissait d'autre part être une priorité car il était le plus mal loti de tous. C'est un paradoxe car c'est le musée qui attire sans doute le plus de jeunes et qu'il est très important d'avoir un grand musée des sciences si on veut susciter chez les jeunes des vocations scientifiques. Vous savez à quel point nous manquons de scientifiques et de jeunes qui s'engagent dans cette voie».

© La Libre Belgique 2001

GUY DUPLAT

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