Un Sugimoto en cache un autre

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts visuels à Lille

Né à Tokyo en 1948, Hiroshi Sugimoto a plusieurs fois créé l’événement en Belgique. Au Musée de la Photographie, ses vues océanes et, plus tard, ses salles de théâtres américains avaient créé la sensation. C’était il y a longtemps déjà. Il reviendra pourtant chez nous dès septembre pour occuper l’espace de La Verrière Hermès. Nul doute que cette première d’un photographe à La Verrière sera suivie avec intérêt par tous les fans d’un praticien à nul autre pareil.

Au Musée d’art moderne et contemporain de Lille métropole, le Lam à Villeneuve d’Ascq, Sugimoto n’a pas fait dans la demi-mesure, puisqu’il innove à nouveau avec des travaux très récents, datés de 2008 à 2010, qui signent une réflexion de l’artiste sur l’invention et l’histoire de la photographie.

Présentées pour la première fois en Europe, les deux séries, les "Lightning Fields" ( "Champs d’éclairs") de 2009 et les "Photogenic Drawings" ( "Dessins photogéniques") de 2008-2010, se développent autour de deux grandes salles de l’institution lilloise.

On peut dire qu’elles marquent immédiatement les esprits, tant leur rayonnement, très différent de l’une à l’autre série, conduit à une espèce de transcendance. C’est un peu comme si la photo soudain laissait la place à autre chose, à cette "lumière" qui surgit de la matière, du graphisme, de la feuille même.

Une trentaine de tirages monumentaux sont de la partie. Ils témoignent de l’originalité et de la force de percussion éclectique d’un artiste contemporain au meilleur de sa forme.

Deux Américains, le savant Benjamin Franklin qui, au XVIII e siècle, s’attacha à l’électricité statique, et Man Ray qui, durant les années 1920, développa le "photogramme", ont inspiré Hiroshi Sugimoto pour ses "Lightning Fields" : impression directe de décharges électriques sur le film photographique. On peut penser, par la bande, à Barbara et Michael Leisgen, en plus dynamique, plus intrigant.

Total changement d’ambiance et de réalisation avec les "Photogenic Drawings". Sugimoto collectionne, depuis plus de dix ans, les négatifs originaux du pionnier de la photographie anglaise William Henry Fox Talbot (1800-1877) et cette occurrence l’a incité a réinterpréter ces négatifs.

En découlent seize photos grand format. Des portraits très intériorisés et des paysages enfouis dans une brume nocturne. Il faut rentrer dans ces images comme on le fait face à un Anish Kapoor, faire abstraction de l’entour, ainsi pour "Talbot Family Governess" (vers 1840-41) ou pour "Roofline of Lacock Abbey" (vers 1835-39), deux exemples parmi seize autres. Des tonalités bleues, bistre, brunes ou noires éclairent la salle de lumières, d’images, d’atmosphères, infiniment subtiles.

Ailleurs en ses murs, le Lam expose aussi "Histoire naturelle" de Max Ernst dans sa série des expos "Thema Art moderne" et, dans sa série "Collection invitée", "Ponctuation" ou 13 dessins de peintres et de sculpteurs issus du FracPicardie et du Lam. Enfin, présentation au sein de la collection permanente d’art contemporain de "Porte de l’infini", une toile de 1986 de Geneviève Asse, qui vient d’en faire don au musée. (Ces trois expositions jusqu’au 7 octobre)

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