Arts et Expos Jan Vormann a 34 ans et il joue toujours aux Lego. Un grand enfant ? Peut-être. Un idéaliste ? Sûrement. Ça fait dix ans que ce jeune sculpteur franco-allemand comble les trous et les fissures des villes du monde entier avec des petites briques de couleur. Il n'est désormais plus tout seul puisqu'il encourage tout le monde à faire pareil. Histoire de donner un peu de couleur même quand le monde devient fade. Entretien.



Pourquoi avoir utilisé des Lego pour boucher tous ces trous dans les murs, les façades, les fortifications ?

J'ai commencé ce projet en 2007. J'étais étudiant dans une école d'art à Berlin et je me suis demandé ce que je pouvais apporter en tant que jeune artiste berlinois à Bocchignano, un petit village dans le sud de Rome. C'était une ville romaine avec un patchwork de plusieurs types de pierres anciennes. Je voulais apporter de la couleur. J'ai pensé aux Lego car c'est facile à utiliser même si je peux aussi passer plusieurs heures voire plusieurs jours sur des œuvres les plus fastidieuses. Les Lego sont en plastique, une matière qui représente très bien notre époque. Et puis, il y a quelque chose de nostalgique qui émane de ces briques. C'est universel, tout le monde connaît les Lego.


Vous avez réalisé des oeuvres un peu partout dans le monde. Ce n'est pas un hasard ?

Non, effectivement. Après Bocchignano, j'ai bossé à Tel Aviv, Amsterdam, Toulouse, au Danemark... Dispatchwork a aussi été utilisé par exemple à Beyrouth au Liban où des groupes de vingt personnes ont réparé les traces laissées par la guerre civile. On a utilisé ce projet pour aider des jeunes suicidaires à Hong Kong, des projets ont été mis en place en République dominicaine, à São Paulo... Comme les briques de Lego, les gens qui ont travaillé sur ce projet sont très différents. Il y a des personnes âgées, des architectes, des profs, des écoliers. Au final, énormément de gens y ont participé. C'est aussi ça le message de ce projet. Je suis contre les nationalismes et ces différentes petites briques sont comme nous. On est tous différents et pourtant on fait tous partie du monde, de la même société. On ne peut pas revenir en arrière ou ralentir la globalisation et c'est quelque chose de génial. J'aime ce message.

Votre but, c'est donc d'encourager les gens à faire pareil ?

Oui c'est exactement le but. C'est un travail collectif. A ce propos, j'ai créé une carte intéractive et les gens peuvent ajouter la photo de leurs oeuvres en utilisant un bouton en bas à gauche. Je les incite donc à s'y mettre s'ils le souhaitent.


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