Arts et Expos à Paris

Rarement une exposition laisse une telle impression d’une indiscutable et exceptionnelle qualité. Les 74 œuvres modernes et contemporaines issues de la collection de José Berardo (Madère 1944) et réunies au musée du Luxembourg, à Paris, sont de haute qualité, dues à des artistes de premier plan et parfois même réanimant le souvenir de quelques autres. L’exposition, adroitement structurée en cinq sections, ne couvre pas l’ensemble de la collection comptant près de 900 œuvres rassemblées pour part au musée Berardo au Centre culturel de Belém à Lisbonne et à propos de laquelle vient de paraître un fort intéressant ouvrage (voir LLC du 5/11/08).

Du Picasso de 1909, une "Tête de femme", encre et gouache en provenance de chez le poète Guillaume Apollinaire, jusqu’à la grande huile aux assiettes, "Portrait de Jacqueline", de l’Américain Julian Schnabel, pour ne prendre que les deux extrêmes en dates, les œuvres réunies caractérisent les principaux mouvements artistiques du XXe siècle à travers des figures majeures et internationales.

L’un des principaux attraits de cette collection réside dans la découverte d’œuvres généralement peu connues, dont la caractéristique principale est la qualité intrinsèque. Le collectionneur est, à n’en pas douter, un œil, averti, perspicace et sûr, capable de pointer les meilleures réalisations. Par ailleurs, si la plupart de ses options portent sur les noms les plus célèbres, elles comportent également des choix très personnels mettant en valeur des œuvres d’artistes ne planant pas au firmament des mieux classés. L’excellente surprise est de voir, à côté de Picasso, d’un Pollock tourmenté, d’un Appel de toute première force et brut dans la meilleure veine émanant de Cobra, d’un Asger Jorn nerveux à souhait et convulsif bourré de têtes et d’yeux dans un incessant tourbillon, un magnifique Nicolas de Staël de la même période, construit, nuancé et tout en onctuosité, et surtout deux Amadeo de Souza Cardoso de 1914, à la fois charpentés, vifs chromatiquement et matiéristes. En d’autres compagnies, on verra ainsi un fougueux Joan Mitchell, un gigantesque Riopelle de la meilleure veine, un Allan D’Arcangelo mélangeant le crayon, le collage et l’acrylique, un Marcelle Cahn de 1925 appartenant à la mouvance construite ou, pièce rare, une huile moderniste de Laszlo Moholy-Nagy de 1939.

Ce parti pris de rapprochements peu courants dans la plupart des expositions muséales perturbe l’hégémonie des seuls noms les plus internationaux, en montrant que des artistes moins diffusés mondialement peuvent soutenir la comparaison et ont commis aussi des œuvres de belle et forte tenue. Au travers des différentes sections, qu’il s’agisse du surréalisme, de l’art abstrait de l’entre-deux-guerres, du Pop’Art, du Nouveau réalisme ou des années 60, les chefs-d’œuvre ne manquent pas et, signe d’un esprit ouvert autant que du rôle important de ces artistes, l’ensemble comprend des œuvres de quelques Belges, une composition et une sculpture de Georges Vantongerloo, une peinture géométrique de Victor Servranckx et, immanquablement, un Magritte de la bonne période, "Le Gouffre argenté" (1926), ayant appartenu à l’origine à Camille Goemans.

Impossible de passer en revue toute l’exposition mais il faut encore insister sur la particularité de certaines œuvres, choisies hors des images les plus connues. C’est le cas notamment du Vasarely, d’une sérigraphie de Warhol, du Max Bill, du Bellmer, du Yves Tanguy admirable et du "Miroir sans image" de Roy Lichtenstein. Et puis, un Wesselmann atypique, un Gorky étonnant, un splendide Frank Stella de 1960, un Louise Nevelson de premier ordre Un régal quatre étoiles.

"De Miro à Warhol. La collection Berardo à Paris". Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris. Jusqu’au 22février. Lu., ve. et sa. de 10 h 30 à 22 h ; ma., me. et je. de 10 h 30 à 19 h, di. de 9 h 30 à 19 h. Cat., 208p., textes et entretien, présentation de chaque œuvre, ill. coul, Ed. Skira Flammarion/Musée du Luxembourg. Il est prudent de réserver: +33 1 42342595 - info@museeduluxembourg.fr