Arts et Expos

Au premier coup d'oeil, l'effet est bluffant: on croirait que les 13 costumes exposés dans un salon de la Venaria Reale, sont cousus de réelles étoffes, satin, velours, dentelle... De près, on découvre le minutieux travail réalisé par Isabelle de Borchgrave, orfèvre du papier. L'unique matériau utilisé dans ces créations. L'artiste belge avait déjà réalisé, avec Rita Brown, la collection "Papiers à la mode" qui tourne dans le monde depuis dix ans : 90 costumes retraçant une histoire de la mode, d'Elisabeth 1re d'Angleterre à Gabrielle Chanel. La mission que lui a confiée un commissaire de la Venaria Reale était plus ciblée : réaliser des costumes disparus de la cour des Savoie, en se basant sur des tableaux anciens. Joli casse-tête, dès lors qu'il s'agit d'imaginer l'aspect des étoffes que reproduit la peinture, mais aussi - à l'aide de recherches documentaires - le "dos" du vêtement qu'elle ne montre pas. Isabelle de Borchgrave a voulu respecter l'intention du peintre autant que la réalité (disparue) du costume. "Pensez à tout ce qu'un peintre peut montrer, souligne cette artiste qui joue aussi du pinceau, le tissu du vêtement qui vole, par exemple. Notez que c'est plus facile à reproduire en papier !" Autre atout de ce matériau, dit-elle : "il ne craint pas la lumière". Tout, jusqu'aux boutons et même aux bijoux, chaussures, coiffures, tout est confectionné en papier. "Du papier pour patrons, très fin, essentiellement; et du papier pour nettoyer les lunettes". Matière première qu'elle traite de mille façons pour lui donner l'aspect désiré : le papier est "déchiré, collé, chiffonné, mouillé, repassé, trempé dans des bains, peint à la peinture à l'eau, l'acrylique, l'encre". En utilisant aussi la technique du trompe-l'oeil, qui fait écho aux décors de la Venaria.

En Belgique, on découvrira bientôt d'autres costumes réinventés par Isabelle de Borchgrave : ceux des Médicis. Rendez-vous au Cinquantenaire en mars.