Arts et Expos

Le Smak à Gand présente une très belle exposition de Gerhard Richter, la première en Belgique depuis 1976 !

Gerhard Richter, né en 1932 à Dresde, a fêté ses 85 ans et ses 55 ans de peinture. Un grand moment pour celui que tout le monde indique depuis des années comme le plus grand artiste vivant. La Tate Modern et le Centre Pompidou lui ont consacré, il y a 5 ans, une grande rétrospective de toute son œuvre. Cette fois l’événement, plus réduit certes qu’à la Tate et au Pompidou mais néanmoins très important, est en Belgique, pour la première exposition Gerhard Richter chez nous depuis 1976 ! C’est au Smak à Gand, avec comme sous-titre « De la peinture », titre d’apparence banal et pourtant si bien choisi.

L’exposition s’articule sur deux moments de la carrière de Richter (le début et la fin). Et pour chacun d’eux, il y a une grande sculpture de verre qui orchestre les tableaux. D’abord, les « 4 fenêtres » (1967) prêté par la Herbert Foundation et qui est une peinture dans l’espace. Autour de l’oeuvre, une sculpture rarement vue d’un tuyau peint en gris. Dans les années 60, celles de ce premier moment de l’exposition, Richter prend ces éléments comme une grammaire : tableaux de « grilles », tableaux de tuyaux gris, une chaise façon Pop qui côtoie des abstractions, …

Cette exposition permet de se rendre compte à nouveau "physiquement" de l’apport de Gerhard Richter à l’histoire de l’art. Tout son parcours, à première vue si diversifié, de l’hyperréalisme à l’abstraction, des photos "surpeintes" aux monochromes, est habité dès le début par la même passion pour la peinture et les mêmes questionnements. Pour lui, chaque tableau est un recommencement de toute l’histoire de la peinture.

© Gerhard Richter

Interroger l’image

Il interroge le statut de l’image, de la figuration, la place de la couleur, le jeu du hasard, l’existence d’une réalité, l’émotion devant l’art. Sans cesse, la figuration côtoie l’abstraction. Il montre que les deux ne sont pas si éloignés et que c’est dans le "flou" entre les deux que la peinture peut se déployer.

Une salle dite « intermédiaire » montre l’évolution des années suivantes. On découvre l’explosion de couleurs de ses toiles abstraites, faites de couches successives, qu’il gratte ensuite et arrache pour faire des percées et des profondeurs. Cette abstraction peut cacher le politique quand dans un tableau il représente un membre de la bande à Baader et puis gratte la toile, dans une image qui disparaît et apparaît à la fois, qui nous dit quelque chose et le cache tout autant.

En même temps, il peint aussi ses portraits de famille, si beaux, plein d’une infinie mélancolie comme ce « Torso » de 1997 où il représente sa femme ou « Hek » de 2008 où il montre la vue qu’il a depuis sa chambre sur la grille de la maison et les arbres.

Il y montre que la réalité du sujet est inaccessible, le réel est dans la peinture même."La peinture na toujours peint quelle-même", disait-il. Le fil conducteur de l’œuvre est dans l’impossible représentation du monde. Qu’un tableau soit abstrait ou réaliste, ou qu’il soit une photo le sujet représenté n’est pas plus vrai ou faux. Photos, portraits peints ou miroirs, tous, ne donnent que l’apparence du sujet.

Dernières oeuvres

On aboutit alors au choc de la dernière salle avec au centre, une autre sculpture en verre, « 7 miroirs ou la maison de cartes » (2013). Sept grandes plaques de verre s’appuyant de manière hésitante l’une sur l’autre, semblant libres dans l’espace et diffractant la vue sur les oeuvres accrochées aux cimaises. Richter y reprend toujours les mêmes thèmes en innovant: de grands tableaux gris « Silicaat » (2003) sont des agrandissements de nanoparticules, rendant visibles le microcosme. Un tableau est fait de centaines de lignes de couleurs mises côté à côté côté, ce sont des fragments digitaux recalculés à partir d’un tableau et recombinés par Richter.

Richter a fait un beau cadeau au Smak en y exposant pour la première fois huit oeuvres de 2017. Ce sont des explosions sauvages de couleurs rappelant les derniers Monet quand ses yeux s’opacifiaient et que le visible et l’invisible se mêlaient dans la puissance de la peinture même.

Gerhard Richter, About Painting, Beau catalogue édité par le Fonds Mercator, au Smak à Gand, à partir du 21 octobre jusqu’au 18 février.