Arts et Expos

Ce 11 octobre débute le Festival Europalia, consacré cette année à l'Indonésie. L'exposition inaugurale, à Bozar, est consacrée au "Ancêtres et rituels". Marie-Eve Tesch, responsable des expositions Europalia, nous explique le choix de cette thématique.

Pourquoi avoir choisi les rites et les ancêtres comme première exposition d'Europalia Indonésie ?

Chaque année Europalia débute par une exposition qui fait office d'introduction au pays invité. Pour celle-ci, nous cherchons à chaque fois un fil rouge représentatif. Pour l'Indonésie, le thème des ancêtres s'est rapidement imposé. C'est un élément culturel très présent et un des principaux traits communs de l'Indonésie. C'est un pays immense de 250 millions d'habitants. Il fait plus de 6000 kilomètres d'est en ouest, il compte plus de 300 groupes ethniques et 700 langues. Il a des cultures plurielles, mais les rites liés aux ancêtres transcendent leurs différences. Cela nous permet de parler du pays dans son entièreté, sans se focaliser sur une région, une période historique ou une groupe culturel en particulier.

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Ces traditions et rites sont-elles le fruit de diverses influences extérieures ?

Il y a eu effectivement des influences majeures. Dès l'antiquité, l'archipel fait partie d'un vaste réseau maritime d'échanges commerciaux. On trouve des traces de la culture Dong Son, venue du Vietnam actuel, qui remontent à l'Age de Bronze. Dès le Ier siècle de notre ère, les échanges avec l'Inde et la Chine actuelles sont très nombreux et imprègnent toute la culture. Des royaumes hindouistes et bouddhiques règnent sur Sumatra et Java dès le VIIe siècle. Puis s'est ajoutée l'influence de l'islam à partir du XIIIe siècle, notamment dans les cités côtières et à Malacca. Les influences se sont parfois chevauchées, avec l'arrivée de musulmans venus d'Inde ou de Chine. Il subsiste d'ailleurs en Indonésie une importante communauté d'origine chinoise. Enfin, il y a eu les influences européennes et chrétiennes, d'abord sous l'impact des premiers négociants commerçants portugais, puis du pouvoir colonial néerlandais. Ces influences se sont mêlées, dans une forme de syncrétisme, notamment dans le domaine religieux et dans le culte des ancêtres ou les rites funéraires. On peut le constater dans de nombreux objets religieux.

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Que nous disent ces traditions de l'Indonésie actuelle ?

Ces rites ne font pas partie du passé. Ils subsistent encore de manière palpable dans plusieurs régions de l'Indonésie. Ils confinent parfois au folklore dans certains lieux, mais ces croyances ou ces pratiques restent très présentes. La Constitution indonésienne reconnait officiellement six religions, même si l'islam est de loin la plus dominante. Leurs pratiques cohabitent souvent dans la société indonésienne. Les traces de ces traditions se retrouvent dans les arts. On pourra le constater par exemple dans notre programme des arts de la scène, plusieurs danses traditionnelles, comme les danses Cirebon, ont des origines rituelles. Et elles influencent à leur tour des danseurs et chorégraphes indonésiens contemporains. Ces cultures religieuses ont été "digérée" par certains artistes contemporains qui en reproduisent des traces ou les interrogent dans leurs créations comme on pourra le constater dans les autres expositions d'Europalia