Arts et Expos

Vendredi après-midi, il y avait la toute grande foule au théâtre du Manège. Non seulement la salle était comble, mais on avait même dû placer des écrans à l'extérieur pour que le public (y compris les étudiants en archi) puissent suivre la présentation du nouveau projet de la future gare de Mons par le bourgmestre de la ville (Di Rupo), les autorités de la SNCB et surtout par l'architecte vedette, Santiago Calatrava.

Un show ultra-professionnel : films très artistiques sur les réalisations passées et futures de l'architecte espagnol, musiques choisies, Calatrava dessinant ses idées, en live devant la foule, et à l'aquarelle.

Mais un show riche aussi de leçons.

1 La gare était au XIXe siècle un lieu de prestige avec une architecture monumentale et elle suscitait autour d'elle le développement de nouveaux quartiers. Au XXe siècle, avec le "tout à la voiture", on a souvent laissé les gares et leurs quartiers avoisinants dans un quasi abandon. Aujourd'hui, tout change. Grâce surtout au TGV et au souci environnemental, la gare redevient un centre attractif pour une ville comme peut l'être un nouveau musée. La SNCB a entrepris de rénover ses gares et de les rendre accessibles des deux côtés pour que la gare ne soit pas un "cul-de-sac" dans une ville. C'est dans ce contexte que Liège aura, au printemps 2009 sa gare prestigieuse signée Calatrava et que Mons, à son tour, aura la sienne signée aussi Calatrava, en 2014 (lire ci-dessous).

2Les pouvoirs publics wallons commencent à comprendre aujourd'hui toute l'importance de l'architecture contemporaine. Une gare "monument lyrique" comme les conçoit Calatrava (qu'on les aime ou non) devient un atout majeur pour une ville et une chance d'apparaître dans les revues d'architecture et de tourisme avec un argument de poids. L'architecture contemporaine sera le patrimoine de demain. L'exemple de Bilbao et du musée Guggenheim a amené beaucoup de villes à jouer la carte de l'architecture actuelle. Tant mieux.

3Mais c'est encore mieux quand un projet est en phase avec une ambition urbanistique. Quelle différence ici, comme le soulignait Jean-Claude Fontinoy, le président de la SNCB holding, entre Liège et Mons. À Liège, la gare s'ouvrira l'an prochain sans que le quartier avoisinant n'ait été rénové. Les visiteurs débarqueront d'une gare prestigieuse... dans une zone laissée parfois en friche. Voilà des mois que deux projets sont sur la table pour aménager la zone de la gare jusqu'à la Meuse. Le projet de Calatrava soutenu par Euro Liège TGV et celui mené par l'architecte liégeois Daniel Dethier et plutôt soutenu par la ville. Mais comme aucun choix final n'est fait, rien ne sera prêt à l'ouverture de la gare. À Mons, par contre, le volontarisme d'Elio Di Rupo est très grand. Les éventuelles questions sur la démolition de l'ancienne gare sont réglées. Di Rupo s'est rendu huit fois à Zürich, chez Calatrava, pour discuter directement avec lui du projet urbanistique de la ville et de son articulation avec la gare. Et vendredi dernier, le show était parfait, sans une seule note discordante entre la ville, la SNCB qui a approuvé l'investissement de la gare (près de 110 millions d'euros) et l'architecte (choisi après concours, mais aussi sans doute par la notoriété qu'il peut donner à Mons). La gare devient un outil de revitalisation de la ville et un atout "publicitaire" car elle s'ouvrira à la veille de "Mons 2015 capitale européenne de la culture", un autre objectif volontariste de Mons et de Di Rupo.