Arts et Expos

Fondée sur un jeu de mot, l’exposition qui rassemble vingt plasticiens belges de la génération montante se donne d’emblée un accent belge et une distance, comme un garde-fou. A l’anglaise, "unseen" signifie "non-vu". Ce qui peut aussi sous-entendre que c’est à voir! L’ensemble sera probablement révélateur pour une bonne part du public, qui mérite d’être nombreux pour prendre un bon bain d’art actuel et se faire une idée de la jeune création. L’amateur d’art, par contre, qui suit les Prix, les expos en galeries et en centres d’art, y verra une confirmation de la santé florissante de l’art et de l’émergence de quelques noms. Bien entendu, il s’agit d’un choix subjectif et limité qui pourrait être franchement étendu sans que le projet ne soit modifié, surtout quand on constate que les artistes retenus sont nés entre1965 et1982. Le spectre est large!

En annonçant que la manifestation, qui est à la fois un bilan des dix dernières années et une prospection vers les jeunes, sera triennale, le Wiels s’engage à soutenir des plasticiens belges dans la continuité. Le poids que représentera l’institution sur le plan international et sa crédibilité nationale seront donc des facteurs déterminants pour le rayonnement artistique et un stimulant pour les praticiens. Il faut en outre espérer que ces plasticiens, et d’autres, soient régulièrement invités au Wiels afin de les soutenir et de les faire exister. C’est à cette condition, entre autres, qu’existera une scène belge.

Rupture et spécificité

Selon les trois commissaires, les vingt artistes sélectionnés - sur une liste de 260 noms - sont à considérer en tenant compte du phénomène de globalisation et d’internationalisation de la création et de la diffusion artistiques. Sous ce point de vue, il est d’autant plus complexe de s’interroger sur l’existence ou non et sur la spécificité d’une scène belge actuelle, ainsi que le suggère le titre de l’expo. Que le potentiel, et de qualité, existe, c’est un fait indéniable qui va bien au-delà des vingt lauréats. Que la scène belge existe, reconnue en tant que telle, est une autre affaire. Il faut pour cela une détermination plus large que celle d’une seule institution et des initiatives officielles d’envergure.

Quant à sa spécificité, elle ne se situe certainement pas dans un mouvement, un courant, une tendance, un type de pratique comme on a pu en constater un temps en Italie, en France ou tout récemment encore en Allemagne avec la nouvelle peinture. Elle se manifesterait, surtout au vu du présent échantillonnage, en la capacité de se glisser dans les voies internationales du moment pour se situer en borderline, pour saisir des biais ou pour repérer des interstices et venir y jouer, non pas les trouble-fêtes, mais plutôt les observateurs caustiques apportant leurs incertitudes, leurs questionnements, leur regard en coin de l’œil. Une attitude participative qui peut valoir et apporter reconnaissance, mais souvent légèrement décalée.

Et puisqu’il s’agissait là d’un critère de sélection, y a-t-il une véritable rupture avec les pratiques de la génération précédente? Rien n’est moins sûr, l’éclectisme est trop généralisé et toutes les amorces des années 90 poursuivent leur voie dans une refonte permanente de la modernité.

Pôles d’affinités

La plupart des artistes affichent déjà un CV enviable ponctué de présences à l’étranger dans des lieux attentifs à la jeune création et appartenant souvent à un ou des réseaux sur lesquels sont branchés la plupart des professionnels. Ils ne sont donc déjà plus isolés et sont suivis du regard, d’où le poids de cette exposition et l’importance du positionnement du Wiels à leur égard. Il a acte de confirmation, une sorte d’adoubement pour un label.

Un phénomène intéressant et marquant est à observer par rapport à cette sélection, le fonctionnement par pôles d’affinités qui n’excluent nullement les différences. Comme s’il existait en certaines régions et entre certains artistes de la même génération un dialogue stimulant, une sorte de cercle informel mais actif, un climat amical et de soutien mutuel, car la majeure partie des artistes proviennent d’Anvers, de Gand, de Bruxelles et de Liège.

Et puisque l’on est en Belgique, on ne peut éviter la question des représentations régionales où n’apparaît aucune prépondérance dans un mélange qui n’exclut ni les étrangers vivant en Belgique, ni les Belges travaillant à l’étranger. Bel et juste équilibre.

Eclectisme

Un examen individuel des participants est impossible tant l’éclectisme des concepts, des styles, des pratiques, est répandu et donc tant l’hétérogénéité est la norme. Cependant et hormis l’une ou l’autre exception, la plupart des plasticiens focalisent leurs propos et réflexions sur le monde en ses réalités quotidiennes, en ses caractéristiques sociales, économiques, humaines. L’artiste n’est plus, comme dans les années 70, hors du monde; au contraire, il s’implique.

Esthétiquement, il est frappant de constater que l’objet si cher à Duchamp, qui reste la référence, et l’image qui est l’avalanche du siècle, sont les deux points de mire principaux, en ajoutant toutefois que des pratiques traditionnelles, voire artisanales et même populaires (origami, tapisserie, collage) réintègrent le champ créatif au même titre que les nouveaux médias, et que la peinture, peu présente vu son importance actuelle, reste sujet de questionnements ou d’investigations puissantes et originales.

"Un-Scene" . Agence, Stephan Balleux, Aline Bouvy&John Gillis, Vaast Colson, François Curlet, Michael Dans, Koenraad Dedobbeleer, Lucille Desamory, Vincent Geyskens, Tina Gillen, Geert Goiris, Valérie Mannaerts, Xavier Mary, Benoît Platéus, Frédéric Platéus, Jimmy Robert, Gert Robijns, Ivo Provoost&Simona Denicolai, Harald Thys&Jos De Gruyter, Heidi Voet. Au Wiels, 354 avenue Van Volxem, 1190 Bruxelles. Jusqu’au 22février 2009, du mercredi au samedi de 12 à 19h, dimanche de 11 à 18h.

Catalogue, texte des commissaires: Devrim Bayar, Charles Gohy, Dirk Snauwaert, de Pascal Gielen et de Daniel Vander Gucht, 100 pp., ill. coul. Pendant l’exposition, conférences, films, performances et tables rondes.

Infos sur l’agenda de web www.wiels.org