Arts et Expos

Avant que l'artiste ne quitte la cinquantaine bien fringante, une sorte d'hommage lui est rendu par le Hainaut. Christian Rolet est un peintre dont le talent fut d'emblée reconnu dès sa première exposition personnelle en 1968. L'année du mai violent et anarchiste qui mit à mal tous les principes pour se donner la liberté des rêves les plus généreux et les plus fous. Christian Rolet, né en 1945, sort d'un enseignement riche où il a reçu les conseils notamment des Bertrand, Lahaut, Guirand, qui lui ont ouvert le champ pictural labouré par la modernité et partagé entre l'abstraction - il admire Rothko - et le retour de l'objet élevé au pinacle un demi-siècle plus tôt par Duchamp et remis au goût du jour par le Pop Art.

Michel Voiturier, auteur de la remarquable monographie, note d'emblée «Apparaît alors une thématique de l'objet qui demeurera omniprésente durant toute sa carrière. (...)», ajoutant les «insolites liaisons avec le corps humain (...).» Le tracé rétrospectif de son oeuvre montre quelques focalisations particulières: d'étranges robots humanoïdes; les études de chaises, de sièges, de tables qui se poursuivront jusqu'à l'aube des années 90. Et l'auteur de relever très justement qu'il y a en ces oeuvres «une jubilation évidente. Les coloris expriment joie, les traits fusent explosion».

Ces repères posés, on entre sans difficulté dans l'oeuvre de Christian Rolet qui a pris un tournant assez décisif au cours de la dernière décennie, en réinventant sans cesse les motifs qu'il s'est appropriés, en élargissant sa gamme dans le flirt avec l'abstraction et en magnifiant un matiérisme fluide, léger, translucide et particulièrement lumineux. Désormais son talent, son grand talent inné, par la maîtrise acquise autant que par les avancées expérimentales, peut s'exprimer à l'état libre, dans un espace indéfini qui n'est autre que celui de la peinture elle-même, en mêlant le construit et les effusions, en évanescences autant qu'en incandescence. Et le XXIe siècle débutant est pour lui celui de la profusion, de l'éclat et du raffinement, de la subtilité et du scintillement. D'une certaine séduction aussi. Jamais ses couleurs n'ont été aussi fraîches et chaleureuses quels que soient les tons, jamais ses approches formelles n'ont été aussi porteuses d'une vie inédite.

«Cette alchimie savante, écrit l'auteur, où l'aléatoire se joint à la volonté affirmée d'obtenir des effets diversifiés, mène à un raffinement tourmenté au sein duquel cohabitent des pulsions vitales, des fantasmes endémiques...» Et l'ouvrage qui se clôt sur une citation de notre confrère Roger Pierre Turine parlant «d'un monde personnel puissamment introspecté», de privilégier, au niveau de l'iconographie, les oeuvres les plus récentes.

Trois expositions qui se sont ouvertes à une semaine d'intervalle offrent l'occasion de goûter pleinement à cette oeuvre qui ne s'inscrit dans aucun courant particulier, préférant cheminer au gré de son propre imaginaire et des techniques mises au point afin de lui correspondre au plus près et afin sans doute que tout sens précis échappe à jamais aux commentateurs.

A Tournai, la Maison de la culture réunit l'ensemble le plus éloquent de travaux récents. Quelques objets et toute la peinture de Rolet est là en ses éclats et transparences, en ses brillances et délicatesses.

A Ath, deux lieux se partagent des aspects choisis du travail. Les rangements affectifs ainsi qu'il les nomme, rassemblent des oeuvres sur papiers, l'un des supports que l'artiste apprécie car la fluidité dans laquelle il travaille finit par imbiber ce dernier au point de créer des auras et effets de nuances imprévisibles, enrichissements ajoutés à la maîtrise. Ailleurs, ce sont les connivences avec les mots qui résonnent puisque poètes et écrivains et non des moindres, apportent leurs contributions à l'oeuvre plastique.

Christian Rolet, Les rides de la surface. Maison de la culture, bd des frères Rimbaut, Tournai. Jusqu'au 22.02. Du ma au sa de 10h30 à 18h, di de 14 à 18h.

Rolet. Monographie par Michel Voiturier, participation de Françoise Lison-Leroy et Jacky Legge. 128 p., ill. coul. Ed M. C. Tournai.

Christian Rolet et les écrivains: Bibliothèque Jean de la Fontaine, bd du Château, 16, Ath. Du ma au sa de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 17h30. Christian Rolet, Les rangements affectifs, oeuvres sur papiers: Maison culturelle, grand-place, Ath. Ma de 14 à 18h, du me au ve de 10 à 13h et de 14 à 18h, sa de 9 à 17h.

© La Libre Belgique 2004