Arts et Expos

Peu connu en Belgique malgré ses deux participations muséales gantoises à l’invitation de Jan Hoet, le peintre, sculpteur et poète allemand Michael Buthe (1944-1994) est une figure marquante de l’art entre les années septante et nonante. La vaste rétrospective que lui consacre le Smak dévoile la singularité d’un insoumis quelque peu iconoclaste, ouvert aux cultures d’ailleurs, d’Orient ou d’Afrique du Nord. Dans la ligne de pensée d’Harald Szeemann et des expositions auxquelles il a participé au début des années septante, il est l’un de ces artistes à avoir développé en toute indépendance une "mythologie personnelle" dans laquelle l’esthétique rejoint des traditions ancestrales marquées par des formes de spiritualité, voire de mysticisme, par des mythes et des légendes, des récits, qui forgent un cadre de vie autant qu’un imaginaire.

Rebelle aux cloisonnements

Indocile bien qu’influencé par les avant-gardes de son temps, rebelle aux cloisonnements autant qu’aux sectarismes dominants cherchant à s’ériger en vérités quasi doctrinaires, il fut un esprit ouvert mettant constamment en péril autant son propre cheminement que les doctes théories et discours censés réguler la marche de l’art.

Etre ensemble

Plus difficile à appréhender que beaucoup d’autres démarches de ses congénères car ne suivant pas un tracé rectiligne et unitaire, son cheminement fut celui d’un libertaire perpétuellement aux aguets afin de saisir tout ce qui pouvait nourrir un besoin d’expression, ici insoumis aux formalismes ambiants ou reconnus et là décidé à casser tous les codes disposés à régenter la création.

Son souffle de liberté sans limite tel qu’il se perçoit dans sa grande installation de 1984 "Taufkapelle mit Papa und Mama", reconstituée à l’occasion de cette rétrospective, impressionnante dans la démesure autant que dans la maîtrise, traduit une volonté de construire un monde artistique sans frontière, sans tabou esthétique.

Il met en place un monde de l’"être ensemble" dans la plus tangible des diversités culturelles, dans l’association de la nature et de la culture, dans une équivalence qui se pose telle une éthique de vie.

L’exposition s’ouvre sur les grandes toiles de tissus lacérés de la fin des années soixante qui font penser aux toiles blessées d’Alberto Burri et à l’incision de Fontana pour ouvrir l’espace et percer les apparences. Une pratique qui trouvera rapidement son contraire avec les textiles aux paillettes évoquant d’autres aspects d’une vie qui fait constamment intrusion dans son travail imprégné d’une poésie sauvage comme peuvent l’être ses peintures abstraites, expressionnistes, aussi surchargées que spontanées.

Hybridations culturelles

Sa propre révolution proviendra des voyages et séjours prolongés qu’il effectuera au Maroc, en Orient, particulièrement en Inde. Son registre se modifie par l’inclusion d’éléments directement issus des cultures côtoyées. Plus que jamais son art devient un mélange détonnant intégrant le vécu humain, la sexualité, les cultures indigènes, les esthétiques hybrides, dans une ardeur chromatique.


Michael Buthe. Rétrospective. Smak, Citadelpark, 9000 Gand. Jusqu’au 5 juin. Du mardi au dimanche de 10h à 18h. infos : www.smak.be