Arts et Expos

Une très belle exposition des photographies de Johanna de Tessières montre les Yézidis « entre exil et résistance ».

Quand durant l’été 2014, Daech a commencé à exterminer les Yézidis du nord de l’Irak, à Sinjar, peu d’entre nous connaissaient cette communauté parlant le kurde, pratiquant une religion vieille de 2000 ans, déjà à sa « 74e persécution », dit-elle. Leur calvaire est connu : massacres, exil forcé, femmes enlevées pour devenir des esclaves sexuelles.

L’exposition « Les Yézidis , un peuple entre exil et résistance » dans l’Espace architecture La Cambre Horta, place Flagey à Bruxelles, est une très belle initiative car elle donne un visage, une humanité, aux Yézidis, au-delà de la liste si longue de leurs souffrances. On les voit vivre, lutter, survivre.

L’initiative vient de l’ULB et de la cellule Démocratie ou barbarie de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’expo est originale car elle est pour l’essentiel faite des remarquables photographies que Johanna de Tessières a réalisé pendant 3 ans sur cette communauté, lors de trois reportages dans le pays yézidi, en Irak, pour La Libre Belgique (avec Christophe Lamfalussy dont les textes éclairent parfaitement l'exposition).

L’émotion, et donc la prise de conscience, sont encore plus fortes quand on voit ces femmes esclaves qui ont pu s’échapper et sont arrivées au camp de Dohuk. Elles se cachent le visage pour ne pas être reconnues et que leurs familles en subissent les conséquences. Une d’elle a gravé sur l’avant-bras, « Sinjar » pour ne jamais oublier. On y reconnaît la militante Nadia Murad, prix Sakharov 2016.

L’expo montre judicieusement que les Yézidis ne sont pas que victimes. On voit les portraits de ces « activistes » courageux qui ont organisé les exfiltrations des réfugiés et alerté les opinions.

Johanna de Tessières a suivi le grand pèlerinage annuel des Yézidis au temple de Lalesh dans le Kurdistan irakien.

Son reportage photographique continue en s’invitant dans la diaspora yézidie, en Allemagne (40000 Yézidis, installés parfois depuis les années 60) et, en Belgique, à Liège où vit -bien peu le savent- une communauté yézidie de près de 5000 personnes, souvent arrivés de Turquie, déjà fin des années 80, fuyant les exactions alors de l'armée turque, quand la Belgique était plus ouverte aux réfugiés.

Lors du vernissage de l’expo, ces Yézidis de Liège sont venus nombreux, émus. Certains viennent d’arriver, d’autres ont déjà l’accent liégeois mais tous gardent chez eux le « berat », un peu de terre venue d’une source sacrée de Lalesh.

Plusieurs vidéos donnant aux visiteurs le contexte du drame des Yézidis.

Guy Duplat

« Les Yézidis », jusqu’au 23 février, Espace architecture La Cambre Horta, Place Flagey 19b, Bruxelles, du mer. au ven. de 14 à 19h et week-end, de 10 à 18h.