Arts et Expos

Vaste opération de promotion du design belge, la première à ce niveau depuis la disparition, il y a vingt ans, du «design center» à la galerie Ravenstein à Bruxelles. L'exposition «Label-Design.be, design in Belgium after 2000», au Grand-Hornu, est un signe de la vitalité retrouvée de ce secteur en Belgique, un vrai bouillonnement. La manifestation est menée conjointement par le puissant organisme «Design Vlaanderen», par la petite asbl «Pro Materia» et par le «Grand-Hornu Images». Elle atterrit au Grand-Hornu à cause de la beauté et surtout de l'espace du lieu. Il s'agit en effet de montrer parfois de très grands objets, comme des voitures de sport dessinées par des designers belges!

Sélectionnés par un jury

L'idée est de présenter sous un label belge, plus «vendable» internationalement qu'un label wallon ou flamand, ce bouillonnement à travers les objets les plus marquants imaginés et réalisés depuis cinq ans. Il fallait en effet que ces objets soient sur le marché et qu'ils représentent le fruit d'une indéniable créativité. Un mail fut envoyé à 800 professionnels et un jury a sélectionné les meilleurs designers et les meilleures pièces.

On y retrouve les stars du design belge. A commencer par le regretté Marteen van Seeveren, mort trop jeune il y a quelques mois à peine et à qui l'exposition offre un hommage particulier. Ses chaises, vendues par Vitra, d'une pureté parfaite, sont superbes. Très marqué par sa collaboration avec l'architecte Rem Koolhaas, auteur du mobilier du nouvau musée Van Abbe à Eindhoven, ses travaux ont un statut artistique. Le musée d'Herford, dessiné par Frank Gehry et dirigé par Jan Hoet, organise une grande rétrospective de son travail au départ de l'expo consacrée à Marteen van Seeveren à Gand. Une démarche significative: aujourd'hui, le design a pénétré dans tous les grands musées d'art.

Xavier Lust se situe dans la même lignée. Avec des lignes pures et un sens du matériau poussé à ses limites. On admire son long banc ou sa superbe baignoire métallique. Il est devenu une marque à lui tout seul, sans avoir besoin du label belge. «Le design belge», dit-il, «n'a pas une identité esthétique reconnaissable. Tout juste peut-on dire qu'il est plus structuraliste que formaliste, plus proche des scandinaves que des formes italiennes».

En papier journal

Charles Kaisin, lui, s'est fait connaître par ses amusants fauteuils repliables comme un livre, en alvéoles. Il en a même réalisé à partir de papier journal (des exemplaires de «La Libre») que plusieurs grands musées lui ont achetés! Son «K-Bench» est décliné sous toutes ses formes, y compris un banc gigantesque, louvoyant comme un serpent, dans le parc du Grand-Hornu (notre photo). Facétieux, Charles Kaisin a aussi développé un étonnant sac pour Delvaux, en cuir, plein de trous, et pliable comme un filet. Pour Boch, il a imaginé une ligne de vaisselle réversible. Peut-être trouve-ton, chez lui, cette particularité belge qu'on appelle surréalisme et sens de l'humour.

Piet Stockmans montre à nouveau ses beaux verres de faïence blanche bordée de bleu. Stefan Schoning a conçu de bien belles chaises pliées comme des origamis. Luc Donckerwolcke est, lui, chef designer chez Lamborghini et montre un de ses monstres. Stev Crijns, quant à lui, dessine les Lotus!

Le design, c'est aussi des tapis, du matériel scientifique, un abri de bus, un nouveau tram. Bref, tout ce qui se trouve au mélange de la forme et de l'utilisation, du dessin et du matériau.

Cette touche belge existe-t-elle? Se justifie-t-elle, au-delà de la force commerciale du concept? La danse belge, les scènes belges, le cinéma belge se sont bien vendus à l'étranger au point de parler de «vague belge». La mode belge est un concept créé tambours battants avec un énorme succès, modèle de créativité et de force commerciale. C'est dans la foulée d'Anvers 93 qu'on lançait un grand plan mode dans la métropole. Le succès, on le sait, est arrivé et la mode belge fait les beaux jours, aujourd'hui, des défilés parisiens. Les concepteurs de «label-design.be» visent le même résultat. Ils sont appuyés par les pouvoirs publics. En Communauté française, Marie Arena pense réaliser, dans le lavoir de Peronnes, une véritable école de design appliqué. Et l'agence Wallonie-Bruxelles, chargée d'aider nos exportateurs, a placé le design parmi ses objectifs.

Notre atout commercial

Lise Cirier, commissaire de l'expo, Françoise Foulon, de «Grand-Hornu Images», et Johan Valcke, directeur de «Design Vlaanderen», partagent le même point de vue. Il n'y a pas à proprement parler de design belge, pas d'école belge. Mais on peut néanmoins parler de design belge si on veut caractériser l'effervescence actuelle. Le design en Belgique devient à la mode et suscite des vocations. «C'est cette créativité qu'il faut promouvoir», explique Johan Valcke. «C'est elle qui nous fera gagner la compétition face aux Asiatiques, par exemple, bien plus forts sur les aspects industriels et technologiques. Pour les battre, nous avons, en Belgique, cette créativité.»

Une telle exposition montre bien le talent des Belges même si être designer en Belgique reste un métier difficile, où la reconnaissance est très lente.

C'est Wilson Spriet qui a eu la lourde tâche de mettre en scène ces 330 objets en évitant que l'expo n'apparaisse comme un show-room ou un magasin. Il a choisi une scénographie spectaculaire. Dans un des lieux, les objets sont placés sur des étagères géantes. Cela nuit parfois à la lisiblité des objets et perd le visiteur. Mais le tout sonne comme un événement: le début d'un révolution du design belge?

«Labeldesign.be, design in Belgium after 2000», jusqu'au 16 février. Grand-Hornu, tous les jours sauf lundi, de 10h à 18h. Rens.: 065/61.38.97.

© La Libre Belgique 2005