Arts et Expos

En ce 20e anniversaire du Muhka, le musée d'Art contemporain d'Anvers, on se souviendra quand même qu'il est l'oeuvre de son premier directeur Flor Bex, tout d'abord initiateur en 1967 de l'ICC, puis cheville de base de l'Office baroque, l'oeuvre fameuse à Anvers de l'artiste américain Gordon Matta-Clark qui avait dépecé à sa manière bien connue une demeure qui n'a malheureusement pas pu être conservée. Et c'est en 1987 que le Muhka première formule plus modeste, a ouvert ses portes et qu'il fut d'emblée une référence muséale en matière d'art contemporain à côté, principalement, du musée de Gand. Aujourd'hui, riche d'une collection entamée justement avec l'aide des oeuvres du plasticien américain, le musée est dirigé par Bart De Baere, un émule du bouillant Jan Hoet, qui place la barre du musée au niveau international dans une recherche des expressions parmi les plus questionnantes de l'art actuel, mais en référence constante à l'art expérimental spécialement à partir des années soixante.

Pour fêter cet anniversaire, pas de bilan comme tel, pas de triomphalisme, mais une série d'expositions dont deux seulement sont ouvertes à ce jour. D'une part "I don't get it" de Luc Tuymans qui se tient au FotoMuseum voisin (voir LLCulture 13/6); d'autre part, sous le titre "Une histoire de l'image", une mise en valeur d'oeuvres d'artistes flamands, en provenance surtout de la collection du musée et de celle de la Communauté flamande, avec quelques ajouts. Suivront, à partir du 29 juin, trois autres expositions : au Muhka même, l'"Atelier de Panamarenko" pour retracer l'univers de l'artiste anversois, et "Who's got the big Picture" avec quelques oeuvres historiques retraçant justement les prémisses du musée. Enfin, presque en face au musée des Beaux-Arts, une confrontation entre les oeuvres des Solakov, Manders et Pistoletto, et la collection des années 50 et 60. Copieux programme dont on reparlera.

Du beau monde

En fait, l'exposition qui vient de s'ouvrir comporte une double orientation. Tout d'abord et eu égard au titre, il y est question de l'histoire de l'image, et simultanément il est question du rayonnement d'un art flamand dans une comparaison entre l'actualité et les XVIe et XVIIe siècles. En effet, chaque salle se constitue autour d'une ou de plusieurs oeuvres anciennes d'artistes anversois empruntées au musée des Beaux-Arts. Ainsi d'une série de gravures de Pierre Paul Rubens, de toiles de Gonzales Coques, Henri De Braekeleer, Cornelis Schut et Daniel Seghers, Jan Steen, David Teniers et Antoon Van Dyck. Du beau monde, on le reconnaîtra aisément. Ces artistes, si l'on suit les responsables de cet ensemble, "ont joué un rôle prépondérant dans la diffusion de la culture iconographique de l'époque (...) , mais surtout ont imposé un nouveau langage".

Pas de doute pour les anciens, l'histoire de l'art les a retenus et glorifiés. Mais qu'en est-il des contemporains choisis ? Ont-ils aussi imposé un langage neuf, une iconographie qui sans être révolutionnaire, renouvelle un tant soit peu l'image plastique ? Il est trop tôt pour dire si l'histoire les retiendra tous. On notera une nuance, juste pour éviter les malentendus : tous ne sont pas flamands ou anversois, certains comme Carla Arocha (Venezuela) vivent dans la ville portuaire, d'autres comme Marlène Dumas (Afrique du Sud) sont de souche néerlandophone.

Qui retenir plus particulièrement sur le critère de l'innovation langagière ? Francis Alÿs très certainement, avec une oeuvre remarquable réalisée au Pérou, Dirk Braeckman aussi et ses photos presque noires, Berlinde De Bruyckere avec ses chevaux, Hans op de Beek, Marlène Dumas, Ana Torfs et Guy Mees, dans une exposition qui mise sur la diversité des manières et des propos, façon de montrer l'ouverture de l'art contemporain.

Jubilé. Une histoire de l'image. Muhka, Leuvenstraat, 32, Anvers. Jusqu'au 19 août. Du mardi au dimanche de 10 à 17 heures.