Vlaminck, un instinct fauve à Paris

roger pierre turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos à paris

Maurice de Vlaminck (1876-1958) fut un très grand peintre... Le temps de quelques saisons ! L'excellente exposition du Luxembourg est révélatrice. Si elle ne nous dévoile pas les débuts de l'artiste à ses 17 ans, ces oeuvres-là étant perdues, elle nous balise un parcours de 1900 à 1914 et les préoccupations plastiques du créateur. L'époque, Vlaminck l'a traversée en cumulard : passions de la peinture, du vélo (il gagnera des courses alimentaires), de la musique - ses père et mère étaient profs de violon et pianiste -, du roman et de la collection. Il fut ainsi le premier moderniste à s'intéresser de près à la statuaire africaine, qu'il acheta auprès du marchand novateur Paul Guillaume.

Deux portraits, tous deux de 1900, frappent dès l'abord : "L'homme à la pipe" et "Sur le zinc". S'il n'est pas alors encore rompu aux voies de l'expressionnisme par la couleur, sa palette ne trompe pas : il a du tempérament et apprécie les couleurs qui cognent. Des paysages témoignent d'une période d'affirmation de plus en plus convaincante avec les années. "Le pont de Chatou" et "La fille du Rat mort" de 1905 frappent par des rouges, des verts accusés. Et, dans "La châtaigneraie" de la même année, on mesure l'impact qu'une exposition de Van Gogh a eu sur un Vlaminck bouleversé.

L'énergie chromatique du peintre des bords de Seine est exceptionnelle. Ses ciels bousculent et ses portraits sont saisissants : "Je voulais faire des por traits, une série de portraits du peuple, des portraits de caractère, des portraits vrais comme des paysages vivants, des paysages humains, tristes ou beaux, avec toutes leurs tares, leur grâce indigente ou crasseuse", écrira-t-il, en écrivain talentueux, dans son livre "Portraits avant décès". Le grand Vlaminck est dans ces oeuvres-là.

De Van Gogh à Cézanne

A partir de 1905, Vlaminck exposa au Salon des Indépendants et, remarqué par Ambroise Vollard, il put commencer à vivre de sa peinture. Ses années fauves furent aussi celles d'une grande complicité avec André Derain, avec lequel il a partagé un atelier. Si la peinture de ces années-là était enlevée sur le grand braquet, comme on dit pour les champions cyclistes, vers 1908 toutefois, Vlaminck vira de cap. Comme si la rage de peindre en liberté s'était subitement muée en souci de peindre de façon plus ordonnée. Plus cézanienne. Il l'a lui-même reconnu dans son livre "Tournant dangereux" : "Le jeu de la couleur pure, orchestration outrancière dans laquelle je m'étais jeté à corps perdu, ne me contentait plus. Je souffrais de ne pouvoir frapper plus fort, d'être arrivé au maximum d'intensité, limité que je demeurais par le bleu ou le rouge du marchand de couleurs." Dommage.

On le sent sur les traces de Cézanne, en quête de construction, d'exploration des volumes, d'une certaine sagesse. Loin pourtant d'égaler celle de Cézanne en amplitude novatrice, la peinture de Vlaminck devint plus banale, plus proche du chromo que du tableau indispensable. La veine était tarie. L'exposition nous montre des plats et des pots commis en complicité avec le céramiste André Metthey. Puis aussi, neuf pièces tribales qu'il collecta. Une bonne façon de rappeler combien la statuaire d'Afrique et d'Océanie fertilisa la création moderniste. Ancêtre féminin kanak, statue nimba des Baga de Guinée, statue nkisi des Songye, figure de reliquaire fang du Gabon : Vlaminck avait le bon oeil.

Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e. Jusqu'au 20 juillet, lundi et vendredi de 10 h 30 à 22 h; mardi, mercredi, jeudi et samedi de 10 h 30 à 19h; dimanche de 9 à 19h. Catalogue.

roger pierre turine