Watou ou "l’intime à la ferme"

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Une belle édition du festival de poésie et d’art dans le village de Watou, à découvrir encore jusqu’au 3 septembre.

Au fin fond de la Belgique, à quelques kilomètres d’Ypres et de la frontière française, se niche le petit village champêtre de Watou. Il n’y a pas de train, pas d’autoroute, pas de nationale, juste un bus de temps en temps. On n’y voit que des champs de houblon et de betteraves, des vaches et des cochons. Pourtant c’est là que, chaque année, depuis 37 ans, viennent en juillet et août, par milliers, des amoureux de poésie et d’art contemporain, surtout des néerlandophones belges et hollandais certes, mais aussi de plus en plus de francophones attirés par le village, l’environnement et l’art contemporain,

Pour les francophones, il y a le charme du village, la promenade (le coin est un repaire de cyclistes) et, surtout, l’art contemporain souvent passionnant à Watou, décliné cette année dans dix lieux et sélectionné par l’ « intendant » du festival, Jan Moeyaert.

On vient pour la beauté d’un simple village à l’ancienne entouré de champs, bordé à l’horizon par des rangées d’arbres, avec ses fermes somnolentes. Les promeneurs prennent plaisir à se balader de ferme en ferme, d’œuvre d’art en œuvre d’art.

On est ici à un jet de pierre de la France, à quelques vaches à peine de La Panne. Une visite qui peut n’être qu’un simple prétexte pour se balader dans ces campagnes que chanta Marguerite Yourcenar.


La grange et l’étable

Dans l’énorme grange vide du Douviehoeve, seul le soleil traverse le toit et vient marbrer de taches de lumière le sol de terre battue. Sur le grand mur d'en face, une vidéo de Floris Kaayk comme une tornade de musique et de danse. Plus loin, dans un ancienne porcherie, des figures d’hommes à taille humaine, comme surgies d’un camp de concentration, sont assises sur des châlits (Willy Calis). Dans l’étable, Hans Op De Beeck projette Dance (2013) pour lequel il a chorégraphié 800 figurants jouant un départ vers d’autres mondes. Plus loin, l’Américain Chad Wright a disposé sur tout le sol une ville miniature faite de centaines de maisons de sable, image orwellienne du présent. L’Espagnol Javier Pérez fait lentement tourner d’interminables robes de femmes venant lécher le sol et la peinture rouge.

Le Douviehoeve est chaque année, un beau moment du festival de Watou.

Les francophones preuvent même y découvrir un vibrant hommage à Jacques Brel à l’occasion des 40 ans de la sortie de son dernier album (« Les Marquises »). Dans la grange on peut écouter tous ses disques, revoir ses concerts, lire sa poésie en français (y compris ses attaques virulentes contre les flamingants) !

Au village même, à l’ancienne brasserie, on entend Jean Ferrat chanter Aragon dans « Que serais-je sans toi? » , devant l’oeuvre comme un tag, de Pierre Fraenkel criant « Que serais-je sans toit? ». Car il y est question de migrants, de voyages, avec les oeuvres de l’artiste de Gaza Taysir Batniji, comme cette valise ouverte remplie de sable, ou ce sablier couché du « temps suspendu ».

© Pierre Fraenkel


La solitude

Le thème de cette année, « la solitude », est propice à des oeuvres pleines de mélancolie. Watou choisit toujours des pièces directement accessibles, sensibles, se mariant à la simplicité champêtre des maisonnettes du village.

Einstein disait que la solitude était importante: « elle vous donne le temps de vous émerveiller et de chercher la vérité ». Loin de l’agitation et de l’abrutissement des réseaux sociaux et des nouvelles technologies, Watou est un lieu de déconnexion.

Dans l’église, Javier Pérez a déposé un énorme chapelet fait de crânes en bronze. Dans une humble maison, on découvre un fragment de tête de Mark Manders. Et plus loin, recroquevillé sur lui-même, le corps d’un enfant couvert de poils (Lucy Glendinning).

Le parcours, riche cette année, oscille ainsi entre mélancolie et humour, chocs visuels et poésie pure. Comme ce grand personnage de bronze, filiforme, d’Henk Visch, couché, dormant dans la petite cure de la paroisse. Ou, découvert au travers d’une porte de la grange aux grains, ce couple assis sur leurs lits, dos à dos, fâchés, seuls.

© Henk Visch

Guy Duplat

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