Arts et Expos

Il est rare qu’un conflit prenne de telles proportions. Xavier Canonne, le directeur du Musée de la photographie, est fâché, très fâché. Et l’a fait savoir en des mots très vifs.

Au départ, en janvier, il y eut déjà sa grogne contre la mesure imposant aux musées la gratuité d’accès les premiers dimanches du mois. Il s’en était expliqué dans "La Libre". Il disait que ses finances ne lui permettaient pas de perdre la recette d’un dimanche, qu’il remplacerait par la gratuité un mercredi, moins coûteuse. "Cette mesure, disait-il déjà, s’ajoute à la suppression, il y a deux ans, de tout achat d’œuvres par la Communauté française, à la non-indexation des subventions, au sous-financement". Xavier Canonne regrettait que, dans ce contexte de manque d’argent public, "on continue à diviser les subventions, à faire du sous-localisme à la petite semaine. Si cela continue, nous gérerons des parcs, sans plus de possibilités de créer et d’innover".

La ministre de la Culture qui, entre-temps, a imposé à tout musée recevant des subventions de faire la gratuité le premier dimanche, a très mal pris ce qu’elle a ressenti comme une fronde. Elle a pris à partie - et fortement - Xavier Canonne lors d’interpellations à la Chambre, disant, selon Canonne, qu’elle lui avait "mis dans les mains un bijou".

L’homme l’a très mal pris car, dit-il, il dirigeait déjà le musée avant l’arrivée de Fadila Laanan et s’est battu pour que ce musée devienne un "bijou". Il a publié hier un communiqué au picrate dont voici des extraits : "L’on a les indignations que l’on veut et je ne peux pour ma part que constater que Madame la ministre est plus indignée de mes propos que de ceux, par exemple, de Monsieur Philippe Moureaux à l’endroit de la RTBF. Plus encore, Madame Laanan semble considérer que la Fédération Wallonie-Bruxelles ayant "mis dans mes mains un bijou" comme le musée dont j’ai la charge (merci Notre Bonne Dame, avais-je donc pris congé durant les six années de conception et de chantier de l’extension du Musée ?), cela ne me donnerait d’autre droit que celui de me taire et d’acquiescer à ses mesures, conception très démocratique l’on en jugera, guère étonnante d’ailleurs quand en ses réponses les termes "imposer", "contraindre", "plier" reviennent une fois de plus comme un leitmotiv. Je propose donc très aimablement à Madame la ministre de la Culture de me reprendre ce bijou déposé dans mes paumes ouvertes et d’expliquer à celui ou celle qui me suivra comment chauffer, éclairer, entretenir, conserver et exposer dans un musée de 6 000 m², employant 34 personnes, avec une subvention annuelle de 530 000€ (contre 495 000 € au Centre de la gravure, 2 094 000€ au Mac’s, 880 000€ à Mons 2015 : comparons ce qui est comparable). [ ] Le domaine des musées ne représente toujours pas une priorité en Communauté française, quand partout ailleurs fleurissent les initiatives [ ] A quand un(e) ministre de la Culture à temps plein en Communauté française ?"

La réaction de la ministre n’a pas tardé, tout aussi nette : "La ministre saisira le président du Musée, Monsieur Pierre Darville, afin que le CA exprime son point de vue quant aux propos tenus par le directeur à son égard et envers la politique muséale mise en œuvre ces dernières années par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle demandera également aux membres du CA de se prononcer sur la proposition formulée par Xavier Canonne de confier la direction à un nouveau directeur. En tant que tels, les propos excessifs du directeur n’appellent pas d’autres commentaires".

Le conflit est loin d’être anecdotique, car il porte sur la politique des musées et pourrait impliquer, s’il ne se calme pas, le départ d’une personnalité marquante de la scène culturelle au sud du pays !