Cinéma Le réalisateur est-il trop vieux, trop patriote, trop républicain ? Son dernier film sur l’attentat du Thalys fait peine à voir.

Réussir sa sortie ! C’est la première chose à laquelle on pense en s’ennuyant à la projo de "15:17 to Paris".

Ah, si Clint Eastwood avait mis un point final à sa carrière en 2009 avec "Gran Torino" ! Il aurait pu assister vivant à sa canonisation, entrer au panthéon du 7e art au côté de John Ford, pour sa filmographie exceptionnelle et sa trajectoire personnelle qui ne l’est pas moins, de "L’Inspecteur Harry" à "Unforgiven".

Dix ans plus tard, on en est réduit à invoquer son grand âge (87 ans) pour expliquer l’indigence de son dernier film. Warner, le studio dont il est la fierté, n’a pas osé le montrer à la presse française et seulement en dernière minute à la presse belge. On en sort en se pinçant le nez, ça sent le pire cinéma de propagande pour la guerre sainte et le culte des armes.

Tout au long de ce "15:17 to Paris", on se pose une question : peut-on faire un film avec une scène, celle qui s’est déroulée le 21 août 2015 lorsque trois jeunes touristes américains ont maîtrisé le djihadiste Ayoub El Khazzani qui s’apprêtait à vider les chargeurs de sa kalachnikov sur les passagers du Thalys Amsterdam - Paris ? Cette scène de quelques minutes, Eastwood l’étire comme un fil rouge long de 1 h 30. Entre, il raconte les trois héros, trois potes qui se sont connus à l’école catholique où ils avaient un abonnement chez le préfet. Trois potes qui aimaient jouer à la guerre et placarder les autocollants de la NRA. Deux vont logiquement rejoindre l’armée et les trois se retrouvent pour un tour d’Europe en août 2015.

Départ en Italie, puis l’Allemagne, après on verra. Un pilier de bar recommande Amsterdam, direction la Hollande. Eastwood ne manque aucun de leurs selfies, au Vatican, place d’Espagne, en vaporetto… jusqu’au Thalys. Il n’y a pas de scénario, juste une succession de cartes postales. Clint pensait-il qu’en demandant aux trois héros de jouer leur propre rôle, cela injecterait une tension authentique dans le récit ? Visiblement, une fausse bonne idée. Acteur est un métier, Eastwood le sait. Il sait aussi lire un scénario et pourtant celui-là est vide.

Une solution aurait pu être de relever le défi du film de train. Cinéphile comme il est, il sait, depuis les frères Lumière, l’impact d’une rame de wagons. "Runaway train", "Snowpiercer", "The Narrow Margin" (L’énigme du Chicago Express), autant de films qui ont merveilleusement exploité ce formidable décor en mouvement, ce genre dont les contraintes stimulent la créativité des scénaristes et des metteurs en scène. Mais Eastwood n’a qu’une idée : installer l’un des trois, le plus masochiste, Spencer Stone, à côté de "American Sniper" dans sa galerie de héros américains.