Cinéma Entretien à Deauville

Si beaucoup qualifieront 2009 d’annus horribilis comme dirait la reine d’Angleterre; pour la jeune actrice liégeoise, Déborah François, révélée par les frères Dardenne dans "Le fils", 2009 est l’année de tous les bonheurs : prix prestigieux, films passionnants, expériences internationales. Elle est rayonnante au sein du jury du dernier festival de Deauville où nous l’avons rencontrée. Elle était alors en grande conversation pointue avec sa collègue Emilie Dequenne. Pointu comme un film des Dardenne ? Non, pointus comme les talons d’Emilie qui donnaient le vertige à Déborah.

2009, un grand cru ?

J’adore cette année, c’est mon année.

Ça commence par un César.

Avant, il y a le prix Romy Schneider, puis un César. Je suis allée à tous les festivals, à Sundance, à Berlin, à Deauville, je n’ai raté que Cannes.

Que représente un prix pour vous ?

Ça me donne une certaine légitimité dans ma tête, que je n’avais pas forcément au début. Un César, c’est un encouragement, une façon pour la profession de me dire que je fais partie de quelque chose : "On reconnaît que tu peux venir avec nous. On a trouvé que tu étais bien et on t’encourage." Pour moi, chaque nomination signifiait qu’une certaine quantité de gens du métier trouvaient que j’étais bien. C’était hyperencourageant.

Les prix ouvrent-ils des portes ?

Jusqu’à présent, je n’ai jamais galéré. Je reçois un peu plus de scénarios mais ce n’est pas significatif.

Et puis, il y a une superbe année de films. Cela commence avec “Fais-moi plaisir”.

Je connaissais Emmanuel Mouret de loin. J’avais été séduite par ses films, il a un univers particulier. Il m’a parlé du rôle, on a enregistré tout de suite des essais pour les montrer aux producteurs et cela s’est passé assez vite. J’aime beaucoup son univers, particulièrement la scène surréaliste dans laquelle j’ai tourné.

Et puis, “My Queen Karo”, un rôle moins surréaliste mais sans doute plus complexe.

Bien sûr, cette mère existe, mais c’est un scénario et elle est très fantasmée. Je n’ai pas voulu entrer dans l’intimité de la réalisatrice pour lui demander davantage de détails car j’estime qu’il y a dans le scénario, tout ce qu’elle a voulu y mettre et tout ce qu’elle n’a pas voulu. C’est son choix et elle a pris le temps d’y réfléchir. Ce fut un tournage vraiment formidable car on a réellement formé un groupe. On était tous les jours ensemble. C’était une vraie communauté, on parlait plein de langues et la rencontre avec Mathias et Anna Franziska, la petite fille à travers laquelle on regarde tout le film s’est passée idéalement. C’était cela qui m’inquiétait plus que le rôle, la difficulté d’entrer en contact avec une petite fille qui ne parle pas vraiment français. Mon néerlandais étant ce qu’il est, je pouvais un peu comprendre ce qu’elle disait mais finalement on a surtout communiqué en anglais. "My Queen Karo" est un vrai portrait de l’époque, de la fin de la vague hippie quand elle se radicalise. C’est sensible. J’adore la photo, la lumière, c’est magnifique.

Vous êtes-vous documentée sur l’époque ?

Non, car mon personnage s’inscrit le moins dans l’époque hippie. Elle s’est retrouvée là par hasard, elle n’est animée du même idéal que son mari. Le personnage historique, c’est Mathias, le mien est traditionnel, centré sur sa famille, son métier. Pour elle, c’est plus facile de faire des compromis, alors que ce n’est pas possible pour le père de Karo. Mais en faisant des compromis, elle risque de perdre son mari, c’est son dilemme.

Troisième film de l’année, présenté au festival de Bruxelles et sortie prévue en janvier : “Unmade Beds”.

Tourné en anglais, en Angleterre. J’adore faire des choses que je n’ai encore jamais faites. A priori, tout ce qui est nouveau m’intéresse. Là, je viens de tourner dans deux langues où je me débrouille et les tournages m’ont forcé à progresser. C’était une super-expérience. Le cast était vraiment international : des Anglais, des Hollandais, des Scandinaves, des acteurs de l’Est, un réalisateur argentin et la production qui parlait espagnol et italien. J’ai adoré.

C’est votre ligne : élargir votre horizon, vos possibilités ?

C’est l’idée. Je m’ennuie vite. J’ai besoin de nouvelles choses. Si c’est pour se répéter, cela ne sert à rien, je veux avancer. J’ai envie de tourner dans tous les pays, de connaître six langues, car j’adore voyager. Tourner, c’est peu cela aussi, s’installer entre quatre et vingt semaines dans un autre lieu. Un laps de temps qui permet de se faire un aperçu et de rencontrer des gens.

Allez-vous au cinéma ?

Pour être honnête, assez peu, car je dois vraiment digérer certains films. Je n’ai pas eu cette habitude de voir beaucoup d’images. Du coup, un festival c’est bien, car je m’entraîne à en voir davantage, a rétrécir petit à petit le temps entre deux séances. Je n’ai pas été élevée à voir beaucoup de films. Mes parents ne sont pas spécialement cinéphiles et j’ai pas mal de films à rattraper. Certains me font peur. J’ai peur que ce soit trop dur, de me les prendre en pleine face. Car, alors, je pleure comme une madeleine et c’est indécent. Certains films sont tellement intenses que je suis gênée d’être dans une salle avec d’autres personnes. Du coup, quand il y a un film que je veux voir mais qui risque d’être trop intense, je préfère le regarder chez moi. Et puis, il y a des images de violence que je préfère m’éviter.