Cinéma Une introspection familiale un peu vaine par le Hollandais Tom Fassaert.

Enfant, Tom Fassaert a grandi dans une famille unie. Ses parents ne lui avaient jamais parlé de sa grand-mère. Jusqu’à ce que celle-ci réapparaisse dans l’équation quand son père décide d’emmener femme et enfants la rejoindre en Afrique du Sud pour gérer sa chaîne de magasins de mode. Avant de revenir en Europe la queue entre les jambes et divorcé. Mais pourquoi toute la famille refuse-t-elle de parler de cette étrange grand-mère ? C’est pour briser ce non-dit que le jeune Hollandais s’est jeté corps et âme dans une enquête intimiste. Quitte à remuer de douloureux souvenirs longtemps enfouis.

Le pitch de ce documentaire remarqué en festivals - il a par exemple décroché une mention du jury au récent Millenium à Bruxelles - est très prometteur. Qui est Marianne Herz, cette ancienne reine de beauté exilée en Afrique du Sud en plein apartheid ? Qu’a-t-elle bien pu faire pour que sa famille lui tourne ainsi le dos ? L’approche de Tom Fassaert est, elle aussi, passionnante. Le jeune homme assume totalement l’investigation familiale à la première personne, s’intégrant au récit, exhumant les vieux films de famille, interrogeant son père, son oncle et évidemment sa grand-mère de 90 ans, qu’il rejoint en Afrique du Sud. Et avec laquelle il développe une relation très trouble, la vieille dame manipulatrice semblant attachée à lui de façon un peu trop appuyée…

Pourtant, à mesure que progresse le récit, on a le sentiment assez désagréable d’être mené en bateau par le jeune réalisateur, vilement aussi manipulateur que son sujet d’étude. Fassaert multiplie les sous-entendus lourds pour créer une forme de suspense autour de ce secret familial. Au risque de laisser le spectateur, transformé en voyeur, sur sa faim alors que les réponses tardent à arriver.

Sur un sujet identique, celui de la façon dont la "vérité" se raconte, se cache et se déforme au sein d’une famille, la comédienne et réalisatrice canadienne Sarah Polley se montrait autrement plus subtile, et en tout cas jamais manipulatrice, dans son magnifique documentaire "Stories We Tell" en 2012.


© IPM
Réalisation : Tom Fassaert. 1 h 50.

Le film est programmé au cinéma Nova à Bruxelles du 4 mai (en présence du réalisateur) au 11 juin.