Cinéma

Réalisation: Robert Redford. Scénario: Jeremy Leven, d'après le roman de Steven Pressfield. Photographie: Michael Ballhaus. Musique: Rachel Portman. Avec Matt Damon, Will Smith, Charlize Theron, Bruce McGill, Joel Gretsch, J.Michael Moncrief... 2h07.

De Savannah, Georgie, quelques réalisateurs ont su capter le charme intemporel, Clint Eastwood («Midnight in the Garden of Good and Evil») et Robert Altman («The Gingerbread Man») en tête. S'ajoute aujourd'hui à ceux-là Robert Redford, qui a fait de la cité du Sud américain le cadre de sa «Legend of Bagger Vance», un récit transcendant il est vrai les époques.

Nous sommes à l'aube de ce siècle, et Rannulph Junuh est un wonderboy local, champion de golf en devenir et fiancé au plus beau parti de la région, Adèle Invergordon. Les années passent, et la Première Guerre mondiale avec elles, qui laissera le jeune homme hagard, trop d'horreurs rivées au coeur.

De retour au pays, Junuh vit à l'abri des regards, perdu dans sa mémoire. Quant à Adèle, elle encaisse de plein fouet la Grande Dépression: son père s'est suicidé, lui laissant pour seul héritage un vaste terrain de golf... Désireuse de sauver celui-ci, elle décide d'organiser un tournoi prestigieux qui réunira deux champions de l'époque, Bobby Jones et Walter Hagen, auxquels, aiguillonnée par un gamin admiratif, elle tente d'adjoindre Junuh. Il y a toutefois loin de la coupe aux lèvres, d'autant que Rannulph a perdu son swing authentique. Moment que choisit pour entrer en scène Bagger Vance, caddie énigmatique mais sage véritable...

RAPPORT AU COSMOS

Adoptant le rythme paresseux de quelque blues du Sud, et un ton distancié renforçant sa dimension fabuleuse

, «The Legend of Bagger Vance» est avant tout l'histoire d'un homme tentant de renouer avec lui-même, non sans devoir composer avec ses démons. Du reste, plus que la success-story sportive telle qu'en raffolent les Américains, le film trouve sa substance dans une succession d'interrogations quasi métaphysiques. Les enjeux sont ici d'ordre spirituel, le golf, au-delà de toute spéculation dramatique, est l'occasion d'une métaphore sur le rapport de chacun au cosmos.

S'apparentant en cet aspect à un précis de l'harmonie, «Bagger Vance» voit Redford témoigner à la fois de doigté et de sensibilité. Son propos, le cinéaste l'emballe en douceur, donnant à son film une coloration toute de sérénité non sans affirmer délicatement sa foi en une forme d'humanité supérieure. C'est là, et dans son interprétation Matt Damon et ses certitudes ébranlées, Charlize Theron et son décalage langoureux, Will Smith et sa sagesse ironique que résident les qualités essentielles d'un film réfléchi, fluide, chaleureux et suave.

Mais si la générosité du metteur en scène suscite forcément l'adhésion, «The Legend of Bagger Vance», en prise directe sur les mythes fondateurs de l'Amérique, apparaît aussi singulièrement convenu. Classique, et presque académique...

© La Libre Belgique 2001