Cinéma

Une première scène qui laisse sans voix, un dernier plan qui se passe de commentaire. Du début à la fin de "A Quiet Place", l’acteur de "The Office" John Krasinski, coiffé ici de sa première casquette de réalisateur, démontre avec simplicité et efficacité qu’il est encore possible d’innover dans le film de monstres.

Le titre est quasi ironique : "A Quiet Place" dépeint un "monde tranquille" suite à un génocide causé par des prédateurs mystérieux. Au 89e jour de cette apocalypse, on n’entend plus une mouche voler (on espère pour le public qu’il en sera de même dans la salle : l’ambiance du film en dépend). Dans les décombres d’un drugstore, un couple et trois enfants glanent ce qu’ils peuvent. La tension est palpable, la terreur sourde. Et on comprendra rapidement pourquoi…

Depuis "Dawn of the Dead" de Zack Snyder (2004), on n’avait plus vu entrée en matière aussi éloquente - mais dans un silence de mort et avec une économie de moyens qui rappelle que le meilleur, dans l’horreur, est l’indicible et l’invisible. Et, ici, le silence.

Le récit se situe dans un entre-deux rarement exploité : après la catastrophe et avant sa résolution. Le scénario et la mise en scène s’appuient aussi sur l’accoutumance du spectateur à toute la vogue des films et des séries apocalyptiques.

Pas besoin de longues explications : on est tout de suite plongé dans le vif du sujet. Quelques manchettes de vieux journaux suffisent à donner les tenants et aboutissants. On ne se préoccupe guère de causalité - l’origine de la menace - ni de finalité - comment l’éradiquer - excepté fugacement dans la dernière partie, où une révélation fortuite fournira une échappatoire potentielle.

Point non plus de valeureux militaire ou de scientifique aventurier qui sauvera le monde à lui tout seul. L’une des autres originalités d’"A Quiet Place", outre son atmosphère feutrée, est de se concentrer sur la cellule familiale, dans un contexte de survie -avec une petite mise en abîme, puisque Krasinski incarne le père, au côté de sa vraie compagne, Emily Blunt.

Sur la forme, la nature des créatures impose une autre épure, qui démarque encore un peu plus "A Quiet Place" des films de sa catégorie : un thriller quasiment sans parole, en langage des signes, solution justifiée par la présence d’une enfant malentendante (Millicent Simmonds, actrice réellement sourde vue récemment dans "Wonderstruck" de Todd Haynes), dont le handicap donne matière à quelques belles idées de mise en scène et de mise en son.

Derrière son sens avisé de l’épure -d’autant plus remarquable pour une production du généralement pétaradant et marmoréen Michael Bay - et en dépit de quelques conventions, ce film de survie quasi en huis clos n’en contient pas moins son lot de scènes marquantes, avec en son cœur une longue séquence tendue, et bien menée, où tout dérape.

Tout en maintenant la tension, le réalisateur et ses scénaristes s’amusent à rajouter des strates de péripéties, telle une version étirée de la scène de la cave dans "La Guerre des Mondes" de Steven Spielberg, jusqu’à un final joyeusement salvateur.

Réalisation : John Krasinski.Scénario: Bryan Woods, Scott Beck & John Krasinski. Scénario: Charlotte Bruus Christensen. Musique: Marco Beltrami. Avec John Krasinski, Emily Blunt, Millicent Simmonds, Noah Jupe,… 1 h 35.

© IPM