Cinéma La passion amoureuse entre une Anglaise et le prince héritier du Botswana méritait un film moins mièvre et hagiographique

La page d’histoire est extraordinaire.

En 1947, le Botswana est un protectorat anglais. Il s’appelle le Bechuanaland, compte 120 000 habitants, est grand comme la France. Fin XIXe siècle, il s’était mis sous la protection de l’Angleterre, préférant perdre une bonne partie de sa souveraineté plutôt que se faire coloniser comme son grand voisin, l’Afrique du Sud.

A Londres, le prince héritier termine sa formation avant de prendre possession du trône, quand il tombe amoureux d’une Anglaise. Un amour intense et aveuglant, les amoureux ne semblent pas voir que leur différence de couleur va leur créer des problèmes.

Ceux-ci surgissent aussitôt en rue où le couple est agressé dès qu’il se tient par la main. A la maison où papa demande à sa fille de choisir entre lui et son fiancé. Au boulot où cette dactylo voit un jour un très haut fonctionnaire des Affaires étrangères débouler pour l’enjoindre d’abandonner tout projet de mariage qui provoquerait des troubles en Afrique australe. Au pays où c’est immédiatement la crise lorsque le futur roi débarque avec sa reine blanche. Pour son oncle au pouvoir, elle est une insulte aux Bechuanalandaises. Serait-elle mieux qu’elles ? Le pays se déchire permettant aux Anglais d’augmenter leur pouvoir sous prétexte d’éviter une guerre tribale.

L’histoire est tellement incroyable qu’on s’empresse de vérifier sur Wikipedia. C’est que la mise en scène instille le doute. Pourtant, la réalisatrice, Amma Asante, s’était montrée très impressionnante avec "Belle", l’histoire authentique d’une jolie métisse et d’un avocat idéaliste qui avaient mis fin au commerce des esclaves, moteur de la prospérité britannique au XVIIIe siècle.

En somme, elle a déménagé son thème au XXe siècle avec une histoire vraie, sur mesure, mêlant la grande et la petite histoire. C’est un exercice très complexe et même David Lean, l’auteur de "Lawrence d’Arabie", fait primer l’un sur l’autre.

Amma Asante, elle, mène les deux de front et le résultat manque sa cible. Côté intime, c’est digne d’un roman Harlequin dont on pourrait lire sur quatrième de couverture : leur amour sera-t-il plus fort que leur famille, plus fort que leur pays, plus fort que l’ONU ? Côté politique, c’est la belle histoire du Botswana racontée par l’oncle Paul dans "Point de vue-Images du monde".

Servis à la louche, les violons sont tellement caloriques qu’on grossit rien qu’en les écoutant. Et Rosamund Pike, pourtant une Gone Girl qui ne manque pas de ressources, est métamorphosée ici en Bernadette Soubirous.

Un faux pas pour la talentueuse réalisatrice de "Belle".


Réalisation : Amma Asante. Scénario : Guy Hibbert. Musique : Patrick Doyle. Avec David Oyelowo, Rosamund Pike… 1h51.