Cinéma Gros plan sur les sans-papiers birmans partis tenter leur chance dans les rues de Bangkok.

Liangqing (Ke-Xi Wu) et Guo (Kai Ko) se rencontrent lors du voyage clandestin qui les amène à Bangkok. Tous deux sont Birmans et ont choisi l’exil dans la capitale thaïlandaise. Sans permis de travail, ils sont réduits à des jobs minables. Créchant chez des amies de lycée, la jeune fille fait la plonge dans un resto du centre-ville. Le jeune homme, lui, vit chez sa sœur et bosse dans une usine textile en banlieue. Guo fait délicatement la cour à Liangqing, mais leurs ambitions sont différentes. Elle est prête à tout pour décrocher des papiers, quand il estime que c’est une perte d’argent…

Fenêtre ouverte sur le monde, le cinéma a cette capacité unique de nous faire pénétrer les univers les plus éloignés, pour nous faire partager la vie et les sentiments d’hommes et de femmes que la vie ne nous offrira jamais de rencontrer. Sans ce film, peu de chance en effet qu’on se soit jamais intéressé à la vie des immigrés clandestins birmans en Thaïlande. Campés par deux jeunes acteurs magnifiques de retenue et de justesse, ces deux personnages apparaissent toujours en mouvement, se débattant pour survivre, pour décrocher cette liberté dont ils rêvent si ardemment. Totalement incarnés, ils permettent au film de toucher une corde universelle, qui résonne en chacun de nous.

"Adieu Mandalay" fait écho à la triste réalité qui frappe l’Europe depuis des années, celle de la crise des migrants. Mais le film nous offre un regard asiatique sur cette question qui se pose partout dans le monde, comme on a trop souvent tendance à l’oublier… Si le film sonne si juste sur la question de l’exil, c’est qu’il est signé par un cinéaste birman qui s’est lui-même expatrié à Taïwan pour suivre des études artistiques.

Repéré au festival de Rotterdam en 2011 avec "Return to Burma", Midi Z continue ici d’explorer la douleur de l’exil. Il le fait, non pas en documentariste, mais en véritable cinéaste. Portée par une photographie magnifique et un grand sens du cadre, sa mise en scène, où l’on sent l’influence de la Nouvelle Vague taïwanaise et notamment de Tsai Ming-liang, fait vibrer chaque plan d’une énergie presque charnelle. Tantôt poétique, tantôt réaliste, le regard est celui d’un artiste capable, pendant près de deux heures, de nous faire oublier notre identité de spectateur occidental pour nous mettre dans la peau de deux sans-papiers birmans au destin tragique…


© IPM
Scénario&réalisation : Midi Z. Photographie : Tom Fan. Musique : Giong Lim. Montage : Matthieu Laclau. Avec Kai Ko, Ke-Xi Wu… 1h48.