Cinéma

En route vers Origae-6, l’USCSS Covenant transporte quelque 2 000 humains en sommeil profond, volontaires pour installer une colonie sur cette lointaine planète. Mais 7 ans avant son arrivée, le cargo est pris dans une violente tempête solaire et son équipage réveillé par le cyborg humanoïde Walter (Michael Fassbender). Alors qu’il opère des réparations, l’équipage capte un signal proche, venant d’une planète habitable. Contre l’avis de l’officier Daniels (Katherine Waterston), le capitaine Oram (Billy Crudup) décide d’aller voir…

Ridley Scott a 80 ans mais ça ne se voit pas à l’écran. Avec "Alien : Covenant", il boucle la boucle avec le film qui l’avait lancé en 1979 : "Alien". Plutôt que de lui donner une suite (d’autres s’en sont chargés à trois reprises), le réalisateur britannique optait en 2012 pour un préquel : "Prometheus". Du nom de ce vaisseau spatial envoyé aux confins de l’univers la compagnie Weyland pour tenter de découvrir les origines extraterrestres de la vie humaine. Scott dévoilait alors un coin du voile sur la genèse de la saga, multipliant les échos visuels et thématiques plutôt subtils. Cette fois, il fait directement le lien entre les deux univers. En témoignent le titre du film, mais surtout le grand retour des xénomorphes (imaginés par H.R. Giger, oscarisé en 1980 pour sa glaçante créature), que le cinéaste a regretté ne pas avoir utilisé dans "Prometheus"…

Si la bande-annonce peut laisser penser à une sorte de remake du premier "Alien", "Covenant" est plutôt un épisode de transition, tentant un grand écart difficile entre le génial petit film d’horreur en huis clos de 1979 et le blockbuster pseudo-philosophique de 2012. Car Scott rejoue ici le coup de la métaphore, assez lourdingue, des origines de la vie, qui plombait son film précédent. On retrouve en effet le cyborg David (seul survivant du "Prometheus") face à son double Walter, dans un face-à-face visuellement virtuose entre Michael Fassbinder et lui-même.

Si le côté "mythologique" d’"Alien : Covenant" tombe un peu des yeux, Ridley Scott reste heureusement un formidable metteur en scène, développant un univers visuel toujours aussi époustouflant, qui rend hommage aux premiers croquis de Giger. Tandis que, dans une seconde partie beaucoup plus réussie, le cinéaste réussit à renouer avec le film de monstre, avec l’épouvante à l’état pur. Et c’est bien évidemment là qu’on le préfère, quand il fait ce qu’il fait de mieux : raconter une histoire, par tous les moyens que lui offre le cinéma. Plutôt que lorsqu’il cherche (comme dans "Exodus" par exemple) une fausse profondeur métaphysique, en alourdissant sa saga d’une dimension mythologie franchement pas nécessaire.

Reste qu’on est déjà très impatient de découvrir "Alien : Awakening", que le cinéaste annonce pour 2018 ou 2019, pour le 40e anniversaire de la franchise…


© IPM
Réalisation : Ridley Scott. Scénario : John Logan & Dante Harper (d’après les personnages de Dan O’Bannon). Photographie : Dariusz Wolski. Musique : Jed Kurzel. Montage : Pietro Scalia. Avec Michael Fassbender, Billy Crudup, James Franco, Guy Pearce… 2 h 02.