Cinéma « Alien », de « Prometheus » à la « Résurrection »

Ce mercredi, sort en salles « Alien: Covenant », attendu par des millions de fans à travers le monde. Cinq ans après « Prometheus », Ridley Scott fait le trait d'union avec « Alien, le huitième passager », premier volet de la saga qui l'avait révélé en 1979. Vous êtes perdu? Petite chronologie interne d'une franchise qui a marqué l'histoire du cinéma de science-fiction.

On passera ici sur « Aliens vs. Predator » de Paul W.S. Anderson en 2004 et sa suite « Aliens vs. Predator: Requiem » en 2007. Ou la rencontre purement commerciale entre deux franchises, qui fait s’opposer les créatures xénomorphes et les Predators, introduits au cinéma par John McTiernan en 1987.

« Attention: spoilers », comme on dit…


Prometheus

Il y a des millions d'années, un vaisseau extraterrestre dépose sur terre un humanoïde géant. Absorbant une étrange substance, celui-ci est réduit en poussières, qui se répand dans un cours d’eau. Cet « Ingénieur » s’est sacrifié pour que son ADN ensemence la future humanité…

En 2089, sur l'île de Skye en Ecosse, des anthropologues découvrent des peintures rupestres qui, comme dans d’autres aux quatre coins du monde, semblent désigner une constellation lointaine. Persuadée de découvrir aux confins du cosmos les origines de la vie humaine, la compagnie Weyland, dirigée par Peter Leyland (Guy Pearce), envoie une mission scientifique à bord du Prometheus. Menée par le Pr Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et le cyborg humanoïde David (Michael Fassbender), l’équipage atterrit sur la lune LV-223, où ils découvrent un vaisseau des Ingénieurs et le corps de l’un d’eux, à l’ADN identique à celui des êtres humains. Tandis que d’étranges fresques évoquent des monstres xénomorphes...

En 2012, Ridley Scott donnait un premier préquel à son chef-d'œuvre. Engoncé dans ses délires mystico-créationnistes, ce blockbuster hollywoodien à l'univers visuel riche (qui rend hommage aux premiers croquis du génial H.R. Giger, oscarisé en 1980 pour sa créature) avait déçu les fans de la saga — ce que vient d’admettre Scott —, en refusant notamment de faire apparaître les créatures xénomorphes, juste évoquées lors du dernier plan…


Alien: Covenant - Prologue: The Crossing

Pour lancer la promo de son dernier film, Ridley Scott a dévoilé en ligne une petite vidéo, un épisode de 2 min 30 faisant le lien entre les événements de « Prometheus » et ceux de « Covenant ». Il y explique comment le Pr Shaw et David ont réussi à survivre. Et comment le tandem a réussi à réparer le vaisseau des Ingénieurs pour s’envoler vers leur planète…



Alien : Covenant

En 2104, l'USCSS Covenant, transportant 2000 femmes et hommes en sommeil profond (et des milliers d'embryons cryogénisés), est en route pour la lointaine Origae-6, dans le but d'y installer une colonie humaine. Sept ans avant la fin du voyage, pris dans une violente tempête solaire, les membres d’équipage sont réveillés par le cyborg Walter (Michael Fassbender). Alors qu’il répare le vaisseau, l’équipage capte un signal venant d'une planète proche, visiblement habitable. Contre l’avis de l’officier Daniels (Katherine Waterston), le capitaine Oram (Billy Crudup) décide d'aller l’explorer…

Tombant sur les vestiges d'une civilisation ancienne entièrement décimée, ils découvrent le vaisseau des Ingénieurs avec, à son bord, les restes du Pr Shaw. Ils sont rejoints par l’unique habitant de cette planète dévastée, le cyborg David (Michael Fassbender), en tout point identique à Walter. Victimes d'un étrange virus, Daniels et ses coéquipiers sont attaqués par d'horribles créatures xénomorphes. Dont on comprend qu’elle ont été développées par David pour exterminer l’humanité…

Cinq ans après l’échec de « Prometheus » (qui n’avait engrangé que 126,5 millions de dollars de recettes pour un budget de 130 millions), Ridley Scott signe un second préquel plus convainquant. Même si le film est un peu bancal, partagé entre l'univers mythologique assez lourd de « Prometheus » et celui, horrifique, d’« Alien: le huitième passager ».


Alien : Awakening

Ridley Scott a déjà annoncé qu’il donnerait au moins une suite à « Alien: Covenant ». Déjà écrit, ce troisième film, prévu pour 2018 ou 2019, mènera directement aux événement d’« Alien ». Mais le Britannique laisse entendre qu’il pourrait réaliser un autre film, ce qui bouclerait ainsi une seconde quadrilogie, quarante ans après le premier « Alien »…


Alien: le huitième passager (Alien)

En 2122, l'équipage du cargo interstellaire Nostromo fait cap sur la Terre. Réveillé par Maman, l’ordinateur de bord, qui a capté un signal inconnu en provenance de LV-426, les sept membres d’équipage, menés par le lieutenant Ellen Ripley (Sigourney Weaver), sont contractuellement chargés d’explorer toute possibilité de vie extra-terrestre…

Envoyée sur la surface de la planète, une mission de reconnaissance découvre les vestiges d’un vaisseau extraterrestre. A son bord, on découvre le cadavre fossilisé d’un Ingénieur, mais aussi d’étranges œufs. L’un d’eux éclôt, éjectant un « facehugger », une créature arachnéenne qui transperce le casque de l’officier Kane (John Hurt) et s'agrippe à son visage.

Ramené à bord du Nostromo, celui-ci semble tiré d'affaires après que la créature ait relâché son emprise et soit morte. Mais au moment du repas, il est pris de convulsions. Sa poitrine se déchire, laissant s'échapper un être xénomorphe incroyablement féroce, qui entreprend de décimer un à un tous les membres d’équipage. Ayant compris qu’ils avaient été trahis par l’officier scientifique Ash (Ian Holm), qui se révèle être un cyborg secrètement chargé par Weyland Corp. de ramener le xénomorphe sur Terre, Ripley est la seule à échapper à la cette boucherie. Avec son chat roux, elle se replonge en biostase pour rejoindre la Terre…

En 1979, Ridley Scott a jeté les bases de la saga « Alien » dans un slasher qui n'a rien perdu de son efficacité. Huis clos spatial, le film tient autant du cinéma d'horreur que de là science-fiction. Au cordeau, la mise en scène distille un climat angoissant et une tension permanente. De quoi en faire toujours aujourd'hui le meilleur épisode de la franchise.


Alien: le retour (Aliens)

Ayant dérivé pendant 57 ans dans l'espace, Ellen Ripley est secourue par les équipes de la société Weyland. Une fois débriefée et après avoir appris la mort de sa fille, elle est renvoyée sur LV-426 à bord de l'USS Sulaco. Rebaptisée Acheron, la planète est colonisée depuis 20 ans mais ne donne plus signe de vie…

Secondée par une escouade de marines sur-armés et aidée de Bishop (Lance Henriksen), robot humanoïde créé sur le modèle de Charles Bishop Weyland, fondateur de la Weyland Company en 1973, Ripley doit cette fois faire face à une armée de xénomorphes. Une fois encore, après avoir ramené une reine Alien dans le vaisseau et s’en être débarrassé, Ripley s’en sort. Accompagnée de Newt, petite fille découverte sur Acheron et qui avait réussi à survivre aux aliens, elle replonge en biostase…

Confiée à un certain James Cameron en 1986, deux ans après le succès retentissant de son « Terminator », cette première suite parvient à renouveler le thème, en déclinant notamment les aliens au pluriel (comme en témoigne le « s » du titre original). Fidèle à son style, Cameron signe non plus un film d'horreur mais un film d’action, un véritable film de guerre, avec des gros bras et des armes lourdes. Diablement efficace, la mise en scène fait d’« Aliens » le deuxième meilleur épisode de la saga.


Alien 3

Le film s’ouvre là où s’achevait « Aliens », sur l’image de Ripley et de la petite Newt, endormies dans l'USS Sulaco. Mais elles ne sont pas seules… Avant d’être éjectée du vaisseau, la reine a eu le temps de pondre un œuf. Celui-ci éclôt et son liquide acide provoque un incendie, qui force l'éjection automatique du compartiment d’hypersommeil. Lequel s’écrase sur Fury 161, planète-prison habitée par une vingtaine de condamnés au bagne convertis à la religion et à la chasteté et emmenée par leur guide spirituel Leonard Dillion (Charles S. Dutton).

Après le crash, dont Ripley est la seule survivante, l'alien a fécondé un boeuf. Une fois transformé, le xénomorphe cherche une nouvelle fois à tuer tout ce qui bouge. Sauf Ripley, dont on apprend qu'elle porte en elle une nouvelle reine... Celle-ci préférera d'ailleurs se suicider en se jetant dans une cuve de plomb en fusion plutôt que de laisser l'embryon aux mains des scientifiques de Weyland Corp…

En 1992, le clippeur américain David Fincher se voyait confier un blockbuster en guise de premier long métrage. Mais « Alien 3 » est de loin l’épisode le plus faible de la série. Très confus dans sa narration, ultra-violent, le film aborde néanmoins des thèmes nouveaux, comme la religion, la maternité et le sacrifice. Mais aussi la folie et le mal, que Fincher retrouvera dans son deuxième film, le bien plus convaincant « Seven ».

Le film est aussi marqué par les premiers aliens en images de synthèse, beaucoup moins « beaux » et charnels que les créatures précédentes, même s’ils restent fidèles au design de Giger.


Alien: la résurrection

En 2379, 200 ans après le suicide de Ripley, une équipe scientifique militaire, retranchée à bord de l’USM Auriga, a réussi à cloner l’ADN de la jeune femme, dans le but de ressusciter une reine alien. Rachetée par Walmart, l’ex-Weyland souhaite en effet utiliser les xénomorphes comme arme de guerre.

Le clone n°8 de Ripley, dont l’ADN est mélangé à celui des extraterrestres — ce qui lui confère une force surhumaine — parvient à s’échapper de sa geôle. Avec l’aide de l’équipage du Betty, des contrebandiers venus décharger sur l’Auriga une cargaison de corps humains destinés à la reproduction des xénomorphes, Ripley va tenter de détruire le vaisseau et empêcher ainsi que les aliens ne débarquent sur Terre… Elle peut notamment compter sur l’aide de la jeune Annalee Call (Wynona Ryder), dont on découvre qu’elle appartient à une seconde génération de robots…

Dernier volet de la série dans sa chronologie interne, « Alien 4 » était confié en 1997 à Jean-Pierre Jeunet, qui venait de connaître le succès avec « La cité des enfants perdus » deux ans auparavant. Réussissant à imposer sa patte à Hollywood, le cinéaste français fait entrer dans la danse deux de ses acteurs fétiches — Ron Perlman et Dominique Pinon, dans les rôles d’un géant et d’un nain paraplégique — et apporte une bonne dose d’humour et de second degré (les portes s’ouvrent ici par reconnaissance… d’haleine). Réussissant à contaminer la saga par ses propres obsessions, il impose une vision plus ambiguë, plus charnelle, de la créature. Notamment dans une scène forte où Ripley et son « enfant », la reine alien, s’enlacent presque sensuellement…