Cinéma Tom Cruise campe avec gouaille un pilote d’avion bouffant à tous les râteliers.

Seul face à une caméra vidéo dans une chambre de motel en 1985, Barry Seal (Tom Cruise) raconte sa vie mouvementée depuis ce beau jour de 1978 où un agent de la CIA est venu faire appel à ses services, l’informant au passage qu’il est au courant pour son trafic de cigares cubains de contrebande… A ce pilote surdoué qui s’ennuie dans l’aviation civile chez TWA, il propose de devenir président de l’IAC, Independent Airport Consulting. En gros, il lui offre le biplan à hélices le plus rapide sur le marché pour rendre quelques menus services aux services secrets américains. Pas question évidemment de mettre au courant sa femme (Sarah Wright) et ses enfants…

Le boulot commence par quelques survols de reconnaissance à basse altitude des camps d’entraînement des guérilleros communistes d’Amérique centrale. Puis on demande à Barry de se transformer en porteur de valises pour récupérer les infos du général Noriega au Panama. Mais ce gringo volant ne passe pas inaperçu. Le voilà bientôt contacté par Pablo Escobar, qui entend bien faire passer à la vitesse supérieure son petit business d’import-export de cocaïne vers Etats-Unis. Et pour cela, rien de mieux que l’avion de la CIA. Laquelle ferme les yeux, en l’échange de la fourniture d’armes par Barry aux Contras, Reagan s’étant mis en tête de faire tomber le régime sandiniste du Nicaragua…

Voilà un biopic inattendu, celui d’une vraie crapule qui s’est mis au service, avec la même absence de sens moral, du cartel de Medellin et des manigances de la CIA en Amérique centrale, en échange de tonnes de billets verts, qu’il accumule sans littéralement savoir où les entreposer.

Réalisateur de "La mémoire dans la peau", "Mr. & Mrs. Smith" ou "Fair Game’" (qui, tous, traitaient déjà d’espionnage), Doug Liman est une valeur sûre à Hollywood, un réalisateur efficace qui sait tenir en haleine le spectateur. Il met ici tout son savoir-faire au service d’une biographie passionnante. Car si l’on connaissait surtout ici Barry Seal comme le pilote du cartel de Medellin - il fut notamment incarné par Dennis Hopper dans un docufiction en 1991 - "American Made" insiste ici sur son travail d’informateur pour différentes agences de renseignement américaines…

Après son petit film de sniper "The Wall", qui dénonçait l’absurdité de la politique de l’administration Bush en Irak, le cinéaste met à nouveau en question la politique des Etats-Unis, dans une évocation audacieuse des coups fourrés menés par l’Amérique de Reagan pour déstabiliser l’Amérique centrale. Mais pas question de signer un film politique. Liman livre un grand film d’action hollywoodien, mis en scène avec talent et une bonne dose de second degré. Tandis qu’il confie le rôle de ce barbouze yankee haut en couleurs à Tom Cruise (qu’il avait déjà filmé dans le blockbuster "Edge of Tomorrow"). Un bon choix. L’acteur en perdition - il suffit de penser à "La Momie" - retrouve ici un rôle plus complexe, un anti-héros tout en légèreté et sourire en coin, symbole cynique de la réussite à l’américaine…


© IPM
Réalisation : Doug Liman. Scénario : Gary Spinelli. Photographie : César Charlone. Musique : Christophe Beck. Montage : Dylan Tichenor. Avec Tom Cruise, Domhnall Gleeson, Sarah Wright… 1h 55.