Cinéma

La 34e édition du Festival Anima de Bruxelles reprend ses quartiers de Carnaval au Flagey, du 13 au 22 février. Dix jours de cinéma d’animation, déclinés en longs et courts métrages, avant-premières et rétrospectives, expositions, conférences et animations diverses.

De longue date, Anima se décentralise, sans frontière linguistique : à Liège (Le Parc, Churchill et Sauvenière), Charleroi (Le Parc), Namur (Cameo Nomade), Mons (Plaza Art), Gand (Sphinx), Anvers (Zuid), Louvain (ZED) et Ostende (Film Club 62).


Anima 2015, un best-of, entre avant-premières et séances de rattrapage

Ceux qui ont moins de vingt ans ne s’en souviennent pas, mais en 1995, concevoir une sélection de longs métrages d’animation relevait du défi : hors la bisannuelle production Disney, il fallait courir en Asie trouver des films grand public et espérer attirer les spectateurs avec les rares - mais remarquables - œuvres d’auteurs européens, fruits d’un dur labeur.

Aujourd’hui, le Festival Anima voyage partout dans le monde, avec vingt longs métrages, tous inédits, de toutes origines et pour tous les publics. Et, cela, la semaine où sortent dans les salles belges trois longs métrages tout aussi variés (un Disney, un Ghibli et une production européenne : lire pages 6 et 7).

Le festival se paie même le luxe d’offrir en avant-première une quatrième production, parmi les plus attendues de ce début 2015 : "Shaun le mouton", des prestigieux studios Aardman. La présence de ce film est comme un aboutissement : Anima - jadis Festival du dessin animé - a suivi l’équipe de Bristol pratiquement depuis ses débuts. Fidélité récompensée : les réalisateurs Mark Burton et Richard Starzak font le déplacement à Bruxelles.

Après ce premier arrêt en Grande-Bretagne, Anima 2015 partira à l’autre bout du monde. "108 Rois-Démons" est certes français, comme son réalisateur Pascal Morelli, mais est coproduit en Chine et en Belgique - triade impensable naguère. Inspiré d’un conte traditionnel, ce wu xia pan - film de sabre chinois - se distingue aussi par son usage de la motion capture.

En Asie, on le sait, le Japon est un grand pourvoyeur d’anime - comme on dit là-bas. Les deux derniers films des studios Ghibli, les très féminins "Souvenirs de Marnie" (lire p.6) et "Le conte de la princesse Kaguya" (sorti en juillet), sont présentés hors sélection. En compétition, on pourra découvrir "L’île de Giovanni" de Mizuho Nishikubo. Cet ancien collaborateur de Mamoru Oshii (notamment sur "Ghost in the Shell") aborde du point de vue nippon l’angoisse des civils dans l’expectative d’une invasion américaine en 1945.

L’autre géant asiatique de l’animation est la Corée du Sud, qui aligne deux films en compétition. "The Satellite Girl and Milk Cow" de Hyung-yun Chang réunit un satellite, une vache, un incinérateur et du papier toilette - du cinéma coréen allumé comme on l’aime. The Fake, de Sang-ho Yeon, est un thriller immobilier qui s’annonce aussi résolument cru que le précédent film du réalisateur, "The King of Pigs", qu’Anima avait présenté en 2013.

Anima braque aussi ses projecteurs sur l’Amérique latine et plus particulièrement le Brésil, nation qui compte désormais sur la planète animée. Deux films en sont issus : "Until Sbornia Do Us Part", d’Otto Guerra & Ennio Torresan Jr, mais surtout "Le garçon et le monde" d’Alê Abreu, périple sans parole d’un petit garçon à la recherche de son père dans un univers coloré où les aquarelles s’animent devant le spectateur.

Enfin, la part européenne de la sélection emmènera "Les Moomins sur la Riviera", pour une nouvelle adaptation des personnages créés par l’illustratrice finlandaise Tove Jansson, très prisés des enfants. Les plus grands regarderont du côté de la Tchéquie, avec "Husiti" de Pavel Koutsky, réinterprétation parodique de l’histoire de son pays. Même ton sarcastique, voire tarantinesque, pour "Manieggs" du Hongrois Zoltan Miklosy, peuplé de têtes d’œuf qui rêvent de s’exploser la coquille. L’Espagnol Sam mêle, lui, dans "Pos Eso", un des fleurons de la culture hispanique, le flamenco, au surnaturel et au cinéma d’horreur.


Tendance : Documentaires et animation

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Les documentaires animés se multiplient depuis quelques années. Si bien qu’Anima programme cette année une séance Doc&Stories (20/02, 19h30), avec cinq courts métrages animés, et une conférence à Futuranima, Motivation for Animated Documentary Films (21/02, 14h30), qui accueillera l’Italien Lawrence Thomas Martinelli, spécialiste du sujet, le Danois Uri Kranot, réalisateur et initiateur d’AniDox : Lab, un programme d’aide à la création de films animés documentaires, et la réalisatrice belge Soetkin Verstegen, qui a bénéficié de ce dernier.


Futuranima : making of - Dans les coulisses de Disney et des "Boxtrolls"

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Futuranima est le cycle de conférences annuel du festival. Dévolu aux professionnels ou étudiants, il demeure aussi ouvert à tous les curieux et passionnés. Mentionnons la Masterclass de Marlon Nowe (18/02, 10h), animateur aux studios Disney, passé par la KASK de Gand. Il parlera notamment de son travail sur le dernier-né des studios : "Big Hero 6", qui sort en Belgique cette semaine (lire notre critique page 6) et qui sera également projeté durant Anima.

A suivre aussi, la conférence de Kristien Vanden Bussche (21/02 à 17h), qui fait partie de ces animatrices belges toquées de stop motion et qui exercent leurs talents à l’étranger Après avoir travaillé sur "Max&Co"; elle a animé pour Tim Burton sur "Frankenweenie" puis au studio Laika sur "Les Boxtrolls" (à revoir au Festival). So n partage d’expérience retiendra l’attention des aspirants Nick Park de Belgique…

Pointons aussi dans la part belge de Futuranima le focus sur Larian Studio (20/02, 11h), des Gantois actifs dans le jeu vidéo, et l’avant-goût des projets transmédia Urbance et ZOOks (19/02, 14h30), le premier étant en partie coproduit en Belgique.


Futuranima : 14-18 revisité : Premières images de "Cafard" et "Un Monde truqué"

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L’animation belge, décidément très active, est aussi partie prenante de deux longs métrages en cours de production, dont les premières images seront révélées durant la séance Don’t mention the War (19/02, 17h).

Le réalisateur flamand Jan Bultheel présentera, avec la passion qui le caractérise, Cafard, inspiré de l’histoire authentique et extraordinaire (mais méconnue) de la première division blindée belge (et de l’Histoire), que les aléas de la guerre ballottèrent des plaines inondées de l’Yser à l’Oural, au coeur de la révolution russe. Jan Bultheel expliquera comment il a conçu ce film avec une équipe remarquablement restreinte (à peine dix personnes), en recourant à la motion capture - version 2.0 de la rotoscopie. Le superviseur compositing Damien Welsch et la coloriste Manon Textoris, du studio liégeois Digital Graphics dévoileront comment la technique est mise au service de la transposition à l’écran de l’univers de Jacques Tardi pour la réalisation de Un Monde truqué, dystopie rétrofuturiste située dans un Paris digne de Jules Vernes, mâtiné de totalitarisme orwellien. Nos mirettes en brillent déjà d’impatience...


Les meilleurs parmi les plus courts

“Les pécheresses” de Gerlando Infuso, qui sera présenté à “C’est du Belge 1”. © Eklektik Productions
© “Les pécheresses” de Gerlando Infuso, qui sera présenté à “C’est du Belge 1”. © Eklektik Productions

Côté courts métrages, Anima 2015 offre une riche palette.

1. Suivant une formule bien rodée, Anima présente d’abord une sélection internationale, répartie en six séances Best of shorts. Numérotées de 1 à 4, elles présenteront 38 œuvres des professionnels. Les séances 5 et 6 sont réservées aux étudiants, pas manchots pour autant.

2. La sélection nationale procède de la même répartition : C’est du Belge 1 expose les routiers du secteur, C’est du Belge 2 ceux de demain. Mais chez nous, l’animation, c’est comme les fromages : il y en a plus qu’on le croit. Alors on y ajoute un Panorama belge, avec un peu de tout, s’il vous plaît : de la pub, des clips, des films sur 14-18 (centenaire oblige), sans oublier les productions des ateliers - spécificité bien belge, qui rend l’animation accessible aux plus jeunes et aux amateurs. Deux de ces ateliers, Zorobabel et Kidscam, proposeront durant le festival un Laboratoire de l’animation, où les 5-12 ans pourront s’initier à cet art.

3. Pour le plus jeune public, dès trois ans, Anima propose en outre cinq séances de courts métrages en tous genres - et dans les deux langues. Les Slaves et les Scandinaves sont, par ailleurs, les rois du genre, que l’on retrouve régulièrement dans la sélection. Comme Les Nouvelles Aventures de Gros-Pois et Petit-Point, deux petits héros très populaires qui arrivent de Suède mais qui n’ont pas besoin de traduction, puisqu’ils s’expriment par onomatopées. Ou la bande animalière de Balade chez les lucioles, les abeilles, et autres mignonnettes, animée en Lettonie, cette terre méconnue de l’animation en stop motion.

4. Chaque année, Anima braque le projecteur sur l’animation d’un pays. Honneur à nos voisins hollandais pour cette 34e édition. L’occasion de découvrir Joop Geesink (1913-1984), Le Disney de Duivendrecht, à travers un documentaire de Berenike Rozgonyi. Des années 40 à 70, le Geesink-Toonder Studio a réalisé de nombreuses publicités pour de grandes marques. Mais sa création la plus célèbre demeure Loekie, le petit lion qui anima de 1974 à 1987 le début et la fin des spots publicitaires sur TF1 - et qui n’est pas sans parentée avec Shaun, le mouton des studios Aardman, vedette de cette édition.

5. La séance Dutch Delights révélera à l’opposé le meilleur des dix dernières années animées aux Pays-Bas. Le public pourra aussi découvrir au Flagey les remarquables paysages animés de Maarten Isaäk de Heer, véritables "tableaux vivants".

6. L’animation lettone ne sera pas mise en lumière qu’à travers ses productions jeune public. Dans un tout autre registre, la réalisatrice Signe Baumane aborde dans ses courts métrages divers aspects de sa vie quotidienne : amour, sexe, questions existentielles… Une séance à dimension autobiographique, à rapprocher de la lame de fond documentaire. Rocks in my pockets, son long métrage, est par ailleurs en compétition.

7. A Futuranima, rappelons l’existence de l’Open Screenings, séance gratuite où tout réalisateur, professionnel ou amateur, peut présenter son œuvre au public. L’occasion de découvertes parfois étonnantes.


Les séances spéciales

La Nuit animée : C’est le rendez-vous désormais classique d’Anima, la nuit blanche marathonesque pour les accros du 24 images/seconde. On y vient avec ses tartines, ses boissons plus ou moins énergétiques et éventuellement son oreiller de voyage. Mais on ne s’y ennuie jamais - avec séance de VJing en prime. 21/02 à 21h30 .

Parlez-moi d’amour : Bon an, mal an, la Saint-Valentin tombe pendant le festival. Rebelote cette année, avec une séance sous le signe de Cupidon. Par précaution, on la réserve aux plus de 16 ans ;-) D’ailleurs, elle débutera avec un court métrage intitulé "Durex, Get In On" - au cas où… On y viendra en amoureux ou en célibataire(s), en quête de l’âme sœur. 14/02 à 21h30.

Cartoon d’or : Le Cartoon d’or récompense chaque année le meilleur court métrage d’animation européen. La séance permettra de revoir les cinq films nommés en 2014 - dont "La Bûche de Noël" de Vincent Patar et Stéphane Aubier, qui a raflé la statuette et est nommé au César du meilleur court métrage animé. 22/02 à 17h45.


Infos : www.animafestival.be