Cinéma Un premier film italien portant un regard original et collatéral sur le terrorisme.

En 2002, un professeur soutenant les mesures ultralibérales du gouvernement italien est abattu de plusieurs balles dans les couloirs de l’université à Bologne. Le tueur revendique l’assassinat au nom du groupuscule Marco Lambertini, du nom d’un terroriste italien d’extrême gauche, condamné à perpétuité pour le meurtre d’un juge dans les années 80.

Depuis, Lambertini a trouvé refuge en France où il vit toujours, longtemps protégé par la "doctrine Mitterrand", laquelle permet aux terroristes d’extrême-gauche de ne pas être extradés s’ils abandonnent la lutte armée et refont leur vie en France.

L’attentat de Bologne braque à nouveau le projecteur sur lui. Chirac étant au pouvoir, la "doctrine Mitterrand" n’a plus cours, ce qui lui laisse juste le temps de jeter quelques affaires dans une valise, de se précipiter au lycée de sa fille, de l’emmener fissa dans la clandestinité, pendant qu’on leur fabrique des faux papiers.

"L’Italie veut ma tête et toi tu veux t’acheter un jeans !" tonne le père agacé par sa fille de 16 ans en colère car il a emporté des vêtements qu’elle ne porte plus. En tout cas, qui ne mettent pas en valeur ses longues cuisses.

En stand by dans cette maison des Landes isolée au milieu des bois, Viola découvre son père d’avant sa naissance, celui qui faisait la Une des journaux et vit aujourd’hui son deuxième quart d’heure de gloire en cover de quelques grands magazines français et italiens. Ce qui n’est pas sans conséquences fâcheuses pour sa mère et sa sœur avec lesquels les ponts sont pourtant coupés depuis plus de 20 ans.

Annarita Zambrano aborde de façon originale et collatérale ce sujet plombé du terrorisme italien. Originale, car le regard se place à une sacrée distance, deux décennies. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’image romantique du terroriste d’extrême gauche qui sacrifie sa vie pour la bonne cause - ouvrière, palestinienne… - est sérieusement écornée. En 20 ans, l’homme n’a pas évolué, n’a pas questionné ses certitudes, n’a pas pris la mesure de ses actes et de leurs conséquences.

Pas même les plus directes comme l’existence de pestiféré qu’il a imposé aux membres de sa famille restés en Italie et plus encore sa propre fille née avec lui en exil.

A 16 ans, alors qu’elle découvre son corps, son charme, la voici brutalement arrachée à ses études, à ses copines, à son premier flirt par un père qui se comporte en leader politique.

La métaphore est basique, sans doute, mais elle fonctionne. En confiant le rôle à Giuseppe Battiston, formidable acteur passablement enveloppé, la cinéaste montre combien il pèse, il écrase même l’existence de ses proches avec son discours égoïste.

De façon très humaine, très réaliste, très subtile, Annarita Zambrano éclaire le destin de ces victimes honteuses et invisibles du terrorisme, celles qui paient pour les actes et les aveuglements de leurs proches.


© IPM
De Annarita Zambrano. Scénario : Annarita Zambrano, Delphine Agut. Avec Giuseppe Battiston, Charlotte Cétaire, Barbora Bobulova, MaLrilyne Canto… 1h32.