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Cinéma-DVD
Immersion dans «Le Monde de Nemo»
ALAIN LORFÈVRE
Mis en ligne le 01/04/2004
ENTRETIEN
Le Monde de Nemo» - «Finding Nemo» en anglais - aura été l'un des plus gros succès de 2003. Le dernier dessin animé en date des studios Pixar, oscarisé il y a quelques semaines, sera venu confirmer, si besoin était, l'extraordinaire talent de l'équipe de Steve Jobs et John Lasseter.
Profitant de ce succès, le DVD du film arrive tôt dans nos bacs - six mois à peine après la sortie en salle. Comme pour prolonger la magie, d'autant que cette édition se veut spéciale (lire ci-dessous), avec deux disques, et parfaitement révélatrice de l'esprit Pixar: inventivité, humour et plaisir de partager un travail sacrément bien fait.
Parfaitement représentatif de cette joyeuse marque de fabrique, Ricky Vega Nierva, l'un des quatre directeurs artistiques de «Nemo», était de passage à Bruxelles, fin février, à l'occasion du Festival Anima 2004. Le jeune graphiste de 31 ans en profita pour partager la fête prévue par l'équipe franco- belge du film d'animation «Les Triplettes de Belleville» de Sylvain Chomet, le 1er mars. Cette nuit-là, au Centre Dansaert, à Bruxelles, on attendait la proclamation en direct de l'oscar du meilleur film d'animation 2004, pour lequel étaient nommés «Les Triplettes» et «Nemo».Au moment où, à Hollywood, Robin Williams confirmait le verdict attendu - l'oscar à «Finding Nemo» - Ricky Nierva, ému, contenait sa joie par égard pour ses confrères européens, nous confiant: «C'est un moment surréaliste. Je crois que je m'en souviendrai toujours: avoir été à Bruxelles, au milieu de l'équipe de ce film magnifique que sont les Triplettes, et voir Andrew Stanton à la télévision recevoir l'oscar. Je n'aurais jamais cru vivre ça!» Une soirée d'autant plus mémorable pour l'Américain que, une heure auparavant, il brisait la glace dans un restaurant du centre-ville avec deux des assistants-animateurs des «Triplettes», Olivier Goka et Corinne Kuyl, en faisant des caricatures sur des nappes en papier - au grand plaisir du patron et de l'assistance. L'occasion aussi d'évoquer avec lui les coulisses du film.
En quoi consistait exactement votre travail d'«art director»?
Il s'agissait de concevoir graphiquement les personnages et surtout de faire en sorte qu'ils aient l'air de sortir du même moule. Je devais donc m'assurer que tous les illustrateurs travaillant sur le film oeuvraient dans la même veine graphique. Personnellement, je me suis plus particulièrement occupé de Dory, des requins, de Gill, de Gurgle et d'autres personnages secondaires. Dan Lee s'est occupé de Nemo et de Marin.
Dory est un personnage extraordinaire. Jusqu'à quel point l'interprétation d'Ellen DeGenerePS: c'est bien en un mots a-t-elle influencé son design?
Plusieurs personnes m'ont dit que Dory ressemble à Ellen. C'est un fomidable compliment... sauf que Dory ne lui ressemble pas du tout - je vous assure! Mais je crois qu'ils veulent dire que l'essence d'Ellen se retrouve dans le personnage. Le bon design, la bonne caricature, c'est quand vous capturez l'essence ou l'esprit d'une personnalité. Peu importe que l'on fasse un chien, un poisson ou autre chose à partir d'un être humain. La voix et l'animation viennent accentuer le design: quand Dory parle «baleinien», je ne m'attendais pas à une telle performance dans l'animation. Les animateurs ont fait un travail extraordinaire.
On a l'impression, dans une séquence comme celle-là, qu'on est devant un acteur qui improvise.
C'est l'enjeu de nos films! Evidemment, rien n'est improvisé. L'animation requiert un travail précis. Mais tout le truc est d'arriver à cette impression de naturel. En trois ans, on affine chaque chose jusqu'à obtenir exactement ce qu'on veut. Une telle scène n'était pas prévue à l'origine. Lors de l'enregistrement, ils ont essayé cette idée avec Ellen et ça marchait. A partir de là, il fallait trouver le bon rythme pour l'animer. Et ça a marché aussi.Beaucoup de gens pensent que nous utilisons une recette pour nos films. Ce n'est pas le cas. A chaque fois, c'est une aventure nouvelle. Il y a des moments où on doute beaucoup. Il faut être un peu fou ou inconscient pour faire ce genre de film. Mais comme vous y passez trois ou quatre ans de votre vie, vous avez intérêt à ce qu'il soit diablement bon (rires).
Il paraît que certains chez Pixar pensaient que ce serait un petit film.
Ils disent toujours ça (rires)! Et pour être franc, on essaie depuis quelque temps de se dire qu'on peut faire des «petits films», c'est-à-dire des films qui vont être bons mais sans nous demander tant d'énergie. Et en les faisant, l'appétit revient à chaque fois, et on repousse les limites techniques, créatives, narratives. La technologie influence l'art, puis l'art influence la technologie. C'est un aller-retour permanent. On dit aux gars de la technique: on veut tel effet ou montrer ça. Ils partent, reviennent quelques semaines plus tard: «Ouaaah, ça marche! Super!» «OK, maintenant on veut cet effet-là.» «OK!» Ils partent, reviennent: «Ouaaah, ça marche!» etc. Au début, vous croyez que vous serez limité. Et puis, vous découvrez que vous avez plus de possibilités que ce que vous imaginiez. C'est la beauté de l'animation par ordinateur. Et on n'en est qu'au début.
Il y a toujours beaucoup de private jokes dans vos films.
Oui. Vous vous souvenez quand Nemo se réveille dans l'aquarium? La première chose qu'il voit est un totem tiki qui l'effraie: c'est une caricature de moi! Le gamin dans la salle d'attente du dentiste lit une BD: si vous regardez bien, vous verrez sur la couverture les «Incredibles», qui sont les personnages de notre prochain film. On s'amuse tout le temps à faire ce genre de chose, simplement parce qu'on adore notre boulot et que c'est aussi une façon de rigoler entre nous.
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