La Libre.be > Culture > Cinéma > Article
Fahrenheit 9/11**
L'arme de destruction massive de Moore
Fernand Denis
Mis en ligne le 06/07/2004
Le voici, le voilà ce «Fahrenheit 9/11», tout auréolé de sa Palme d'or, de son triomphe au box office américain. D'ores et déjà, Michael Moore a remporté son pari de peser sur la campagne électorale américaine. Et si Georges W. devait être battu en novembre, le film deviendrait même un cas d'école car se poserait la question: dans quelle mesure ce documentaire a-t-il contribué à la défaite de Bush? Il n'est pas fréquent qu'un film pèse aussi directement, frontalement, massivement sur un enjeu électoral.A tel point que les fans - non américains - de Michael Moore seront probablement un peu déçus par ce «Fahrenheit 9/11», où le réalisateur éprouve des difficultés à se servir d'une de ses armes préférées: le rire. Les pépites d'humour sont rares, déplacées, sans consistance quand elles ne sont pas de mauvais goût.
UNE MARIONNETTE
C'est que Michael Moore ne montre pas Georges Bush comme un clown mais plutôt comme une marionnette, c'est lui qui gesticule parce que d'autres tirent ses ficelles. Et il a à sa disposition une séquence d'actualité extraordinaire. Lorsque le premier avion frappe le WTC, Bush visite une classe d'école primaire. Informé, il poursuit son programme. Quand, quelques instants plus tard, on lui apprend que les Etats-Unis sont attaqués, il reste sagement sur sa chaise, feuillette distraitement un livre pour enfants. Pendant de longues minutes, il reste là planté, attendant qu'on lui dise ce qu'il doit faire. Son apathie est incompréhensible.
Des événements incompréhensibles, Michael Moore va en pointer un nombre impressionnant - comme: pourquoi a-t-on évacué immédiatement tous les Ben Laden présents aux USA dans les heures qui ont suivi l'attentat contre le WTC? - pour en arriver à la question: pourquoi attaquer l'Irak et pas l'Arabie Saoudite alors qu'il y avait 15 Saoudiens et pas un seul Irakien parmi les terroristes?
UNITED SAOUDIANS OF AMERICA
Une heure durant, Moore propose une grille de lecture susceptible de rendre compréhensible cette énigme. Et de braquer le projecteur sur le poids économique de l'Arabie Saoudite dans l'économie américaine en général et celui des Ben Laden, deuxième fortune d'Arabie Saoudite, dans les affaires des Bush en particulier. A la question: à qui profite le 11 septembre? Aux Ben Laden et aux Bush, répond «Fahrenheit 9/11». Leur société d'investissement Carlyle a placé ses capitaux dans les entreprises d'armement. Et Moore d'imbriquer les uns dans les autres, les éléments d'un scénario machiavélique que cet attentat a rendu miraculeusement possible. La menace terroriste entretient la peur et rend possible une guerre, le jackpot pour les industriels de l'armement, de la logistique et du pétrole.Mais qui va payer l'addition? Les budgets sociaux. Quant à la contestation, les médias sont sous contrôle et le «Patriot act» s'occupe des autres. Reste le problème des soldats. Simple, on recrute, on racole carrément dans les banlieues défavorisées - à Flint, berceau de Moore et son premier documentaire: «Roger and me» - où l'armée est la porte de sortie du chômage.
UN DANGER INTÉGRAL
Cette démonstration dense et intellectuelle, menée à un rythme soutenu pendant une heure; Michael Moore va ensuite lui donner de la chair, du sang et des larmes. C'est l'objet de la seconde partie ou il introduit de l'émotion au moyen d'un témoin extraordinaire. Il s'agit d'une mère de famille, patriote et militariste jusqu'au bout des ongles, le genre à hisser fièrement le drapeau américain chaque matin à la maison et d'envoyer ses enfants se battre - fille ou garçon - pour la patrie. Mais son dollar va tomber quand son fils va revenir d'Irak les pieds devant lui laissant une lettre sans équivoque. Son enfant est mort pour rien, juste pour enrichir Bush et sa clique.Bâti sur deux piliers, démonstration + émotion, «Fahrenheit 9/11» est clairement une arme de destruction massive pointée sur le candidat Bush, dont la cupidité menace la souveraineté des Etats-Unis manipulés par les capitaux saoudiens, et menace aussi les libertés fondamentales des citoyens américains.
© La Libre Belgique 2004
Savoir Plus
Image: Mike Desjarlais.
Musique: Jeff Gibbs.
Montage: Kurt Engfehr, Christopher Seward, Woody Richman.
Production: Kathleen Glynn, Jim Czarrnecki...
1h52.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...