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The Manchurian Candidate*
La mémoire dans la peau
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 16/11/2004
Remake d'un film «maudit», «The Manchurian Candidate» arrive malheureusement avec une élection présidentielle de retard chez nous. Comment ne pas trouver une lecture paranoïaque dans ce récit décrivant les basses oeuvres, sur fond de lavage de cerveau, de politiciens arrivistes de Washington?
Adapté d'un roman de Richard Condon, le film original, signé John Frankenheimer, décrivait comment un héros de la guerre de Corée devenait un assassin politique. Sorti en 1962, le film devait connaître un funeste destin: certains y voyant a posteriori une étrange prémonition de l'assassinat du président Kennedy, la MGM s'autocensura et retira le film de la circulation, au grand regret de Frank Sinatra qui le considérait - à juste titre - comme l'un de ses meilleurs.
La version 2004 signée Jonathan Demme reprend en gros les mêmes éléments, mais modifie considérablement la fin. Le major Ben Marco (Denzel Washington) honore régulièrement le souvenir du fait d'arme de son ancien subordonné, le lieutenant Raymond Shaw (Liev Schreiber, mimétique avec Laurence Harvey, qui créa le rôle) qui, lors de la première guerre du Golfe, sauva son unité. Auréolé de son prestigieux passé militaire, Shaw est aujourd'hui en lice pour la vice-présidence des Etats- Unis. Sa campagne est dirigée d'une main de fer par sa mère Eleanor (Meryl Streep). Mais Marco doute de plus en plus de ce qui s'est réellement passé dix ans plus tôt dans le désert du Koweit et tente de confronter son ancien compagnon d'arme.
DÉMONSTRATIF
A la vision du film, on se demande si les producteurs ont fait preuve d'audace ou d'opportunisme avec ce film où il est question de la fabrication d'un président, de lavage de cerveau et de népotisme politique? Le scénario nage d'ailleurs entre les deux eaux de la campagne électorale récente (d'un côté un candidat (faux?) héros de guerre, d'un autre une holding manipulatrice), même si on devine où se situe secrètement le coeur de Jonathan Demme. Indépendamment de ces considérations, la trame du récit laisse à désirer tandis que la réalisation se fait tantôt trop démonstrative - l'image ne fait pas douter un instant de la raison de Ben Marco - tantôt caricaturale - les scènes médicales ou la fin.
La partie politique reste la plus intéressante grâce à l'interprétation magistrale de Meryl Streep qui nous rappelle pourquoi elle comptabilise huit nominations aux oscars. L'actrice y compose avec justesse et détermination une Lady MacBeth drapée dans la bannière étoilée qui oeuvre toutes griffes et verve dehors pour imposer son rejeton dans le bureau ovale. Si on songe immanquablement à Margaret Thatcher et à Hilary Clinton, Meryl Streep cite plus volontiers comme inspiration Karen Husle, conseillère du président Bush.
Mais les efforts du casting (même Jon Voight fait preuve de sobriété, au propre comme au figuré) ne sauvent pas totalement ce qui aurait pu être une formidable parabole sur l'arrivisme politique le plus amoral. A noter, un cameo de Roger Corman, le roi des films bis américains, en vieux briscard politique.
© La Libre Belgique 2004
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