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Entretien
Dominique Deruddere
H.H.
Mis en ligne le 16/11/2004
Il y a quelques mois, Dominique Deruddere venait présenter son nouveau film à Bruxelles.
Malgré un accueil plus que mitigé en France en juin dernier, il gardait le sourire au coin du bec, à côté d'un gros cigare. Mais comment un réalisateur flamand s'est-il retrouvé à la tête de cette comédie française? «Les producteurs avaient vu «Idereen Beroemd!», ils aimaient le ton et m'ont contacté...» Aussi simple que cela. Mis à part son pote Harry Cleven et Olivier Gourmet - «Je suis un fan. Pour moi, c'est un des meilleurs comédiens dans le monde» -, Deruddere ne connaissait aucune des «stars» françaises du film. «J'ai regardé plein de films pour faire le casting. Je voulais faire une fable. Je savais que ce serait plus intéressant de choisir des comédiens à contre-emploi.»
Oscillant entre comédie appuyée et partie de Cluedo, Deruddere aborde également les thèmes du mensonge et de la célébrité. «Les gens préfèrent un mensonge qui les arrange à une vérité dérangeante. C'est ce qui se passe tout le temps dans le monde. Par ailleurs, la force de la notoriété est inquiétante. Dans le film, on dit que si les gens pouvaient tuer sans être puni, 80pc d'entre eux le feraient... Est-ce exagéré? Je ne suis pas sûr. Je crois qu'on se battrait pour tuer Dutroux, le grand méchant. C'est en cela que «Pour le plaisir» est une fable. On peut sortir de la réalité pour communiquer des choses réalistes. J'aime la frontière floue entre un certain réalisme et un côté décalé.» Une atmosphère particulière, qu'il retrouve plus du côté anglo-saxon. «J'aime les films des frères Coen: les décors sont réalistes mais les gens sont un peu fous. Je crois qu'ici, les spectateurs sont dérangés parce qu'ils partent avec des a priori à cause des acteurs: ils s'attendent à une grosse comédie française...»
Avec des films en flamand («Iedereen Beroemd!»), en anglais («Wait Until Spring, Bandini» avec Ornella Muti et Faye Dunaway), en français et peut-être bientôt en allemand, Deruderre est sans conteste le plus international des réalisateurs belges. «Au moins que je comprends, au mieux que c'est! (rires) Sergio Leone a bien fait «Once Upon a Time in America» alors qu'il ne parlait pas un mot d'anglais. J'aime bien voyager mais ce qui m'attire, c'est d'abord l'histoire. Si un Flamand vient me proposer un chouette sujet ici, je tourne dans ce bistrot!» A travers toutes ces expériences, se sent-il encore un cinéaste belge? «Plus je fais des films à l'étranger, plus je me sens belge. Même si je tourne en français, avec des comédiens français, je livre quand même un film belge...» (H.H.)
© La Libre Belgique 2004
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