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Les frères Grimm (The Brothers Grimm)**
Contes à rebours
A.Lo.
Mis en ligne le 04/10/2005
A ucun démon que nous ne puissions vaincre.» C'est le slogan des frères Grimm, chasseurs de fantômes et d'esprits dans l'Allemagne du début du XIXe siècle. Terry Gilliam, lui, a-t-il vaincu ses démons?
Après l'échec de «L'homme qui tua Don Quichotte», dont le tournage fut interrompu après une semaine suite aux aléas de production et à une chute de cheval de Jean Rochefort, on désespérait de revoir une nouvelle oeuvre du réalisateur de «Brazil» et des «Aventures du baron de Münchausen». Annoncé début 2002, «Les frères Grimm» menaçait d'être à son tour une symphonie inachevée, suite au bras-de-fer constant opposant Gilliam à ses producteurs, les grands méchants Bob et Harvey Weinstein, rois du sabotage des bonnes idées et du formatage tout public. (*)
Pouvait-on pourtant rêver mieux qu'un film inspiré des deux célèbres conteurs allemands du début du XIXe siècle sous la caméra de Terry Gilliam dont l'univers fut toujours pétri d'influences littéraires et fantastiques? Le titre ne doit pas tromper. Il ne s'agit en rien d'une biographie officielle, mais bien d'un conte sur les célèbres écrivains allemands. Dans l'Allemagne occupée par les armées napoléoniennes, Wilhelm (Matt Damon) et Jacob (Heath Ledger) Grimm (devenu Will et Jake par la grâce de la langue anglaise) profitent de la crédulité des paysans pour survivre. Capturés par les sbires du général Delatombe (Jonathan Price, cabotin à souhait), ils sont contraints de se rendre dans le village de Marbaden où des enfants disparaissent. Là, Will le matérialiste et Jake l'imaginatif vont affronter une authentique malédiction.
Gilliam trouve ici l'occasion de créer un univers à sa (dé) mesure: village campagnard sous la brume, forêt hantée, monstres divers, personnages excentriques, tout son imaginaire est là, parsemé de clins d'oeil à celui des frères Grimm: on croise un chaperon rouge, un bonhomme en pain d'épice, un (très) grand méchant loup, une belle au bois dormant et une sorcière maléfique (Monica Bellucci).
Pourquoi alors la sauce laisse-t-elle un goût de trop peu? Parce que le scénario fourre-tout d'Ehren Kruger sent le réchauffé. Parce que l'humour féroce de Gilliam est édulcoré par des punchlines pour buddy movie hollywoodien. Parce que le tandem Matt Damon-Heath Ledger est insipide. Damon a d'autant moins de consistance qu'il joue à contre-emploi tandis que le trop peu charismatique Ledger affadit Jacob qui, dans l'univers gilliamien, devrait être le vrai héros.
Il reste bien sûr le génie visuel et esthétique de Gilliam, Monica Bellucci et de magnifiques décors, même si à la tête d'un budget monumental, Gilliam s'égare: comme on lui a construit un village et une forêt complets, sa caméra s'y éternise, limitant paradoxalement l'univers du film. Et quand ce roi du trompe-l'oeil en carton-pâte sacrifie au tape-à-l'oeil numérique, on se dit que les matérialistes ont eu raison du rêveur.
(*) Lire nos entretiens dans «La Libre Belgique» des 7 juillet et 4 octobre 2005.
© La Libre Belgique 2005
Savoir Plus
Réalisation: Terry Gilliam. Scénario: Ehren Kruger. Photographie: Newton Thomas Sigel. Musique: Dario Marianelli. Montage: Lesley Walker. Avec Matt Damon, Heath Ledger, Lena Headey, Monica Bellucci... 1h59.
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