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Scénario & réalisation: Paul Haggis. Image: J.Michael Muro. Décors: Laurence Bennett. Costumes: Linda Bass. Musique: Mark Isham. Montage: Hughes Winborne. Production: Bob Yari. Avec Don Cheadle, Matt Dillon, Brendan Fraser, Sandra Bullock, Thandie Newton, Ryan Philippe, Jennifer Esposito... 1h54.
Collision (Crash)***
Y aura-t-il de la neige à L.A.?
Fernand Denis
Mis en ligne le 04/10/2005
Quand il y aura de la neige à Los Angeles! En Californie, cette expression équivaut sans doute à notre «quand les poules auront des dents». Et quand les poules auront-elles des dents? Quand les hommes ne seront plus racistes.
A L.A., personne ne touche plus personne, chacun vit dans sa voiture, protégé des autres par une épaisse couche de métal et de verre. Il ne reste plus guère que les accidents pour avoir des contacts, constate un personnage.
36 HEURES CHRONO
D'un crash à l'autre, on va circuler 36 heures dans la mégalopole américaine, passer d'un conducteur à l'autre, d'un habitacle à l'autre, d'un couple à l'autre: deux policiers blancs, un commerçant iranien et sa fille, deux car-jackers blacks, des trafiquants asiatiques etc. Ces accidents, ces incidents sont autant de raccourcis pour pénétrer directement, brutalement au coeur de leurs existences, des «short cuts» comme dirait Altman, une oeuvre polyphonique comme les aime Guillermo Arriaga, le scénariste de «Amores Perros» et «21 grams»..
Il y a beaucoup de circulation, de personnages, mais aucun ne tient le volant de cette histoire. Le fil «conducteur», c'est la peur, la colère, la frustration, lesquelles imbibent les individus. Et au moindre accrochage avec quelqu'un d'une autre couleur, portant une autre chemise, croyant en un autre dieu, cette rage déborde et se répand violemment. Le phénomène est universel, qu'on soit blanc, black, jaune ou café au lait..
A TORT OU A RAISON
Tout le monde est raciste, car tout le monde a ses problèmes, ses paradoxes, ses difficultés, ses angoisses. Bref, cette agressivité s'accumule et se libère au mauvais contact avec un étranger par sa langue, sa peau, sa mentalité.
A tort ou à... raison, c'est là que le film surprend sans arrêt, sans faux fuyants, sans angélisme et sans cynisme. Chacun a une face cachée et chacun a ses circonstances atténuantes, qui ne justifient rien; permettent de comprendre parfois. C'est la conviction tellement profonde de Paul Haggis qu'elle finit par rendre son film mécanique.
Mais son souci n'est pas la crédibilité, mais de rencontrer les stéréotypes, d'affronter les préjugés, de montrer la perversité du politiquement correct, et les motifs d'incompréhension entre les peuples dont la religion qui n'est certainement pas le moindre.
UNE RÉVÉLATION
Si la construction est complexe et audacieuse -la scène la plus forte est en plein milieu-, le casting n'est pas moins bluffant. On sait la nécessité pour un film choral de s'appuyer sur des acteurs au profil connu -typecastés- pour gagner du temps en permettant au spectateur de cerner instantanément un personnage. Comment ce réalisateur inconnu a-t-il pu rassembler ce casting tellement royal avec Don Cheadle, la classe d'un James Stewart black, Sandra Bullock en contre-emploi très antipathique, Matt Dillon incarnant un détestable flic raciste et ainsi de suite? C'est qu'il est aussi le scénariste de «Million Dollar Baby» et à ce titre -et bien d'autres- pas un débutant dans le milieu.
Paul Haggis signe un film aussi brillant que provocant, qui attaque frontalement ce thème hypersensible avec la volonté de déranger, d'être incorrect. Il est une révélation de l'année, un nom sur lequel le cinéma peut compter.
© La Libre Belgique 2005
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