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Kiss Kiss Bang Bang**

Ssik Ssik Ganb Ganb

Fernand Denis

Mis en ligne le 04/10/2005

Quand un spécialiste du genre s'amuse à retourner quatre onomatopées définissant tout un pan du ciné

Kiss Kiss, Bang Bang! Pourrait-on mieux définir tout un pan du cinéma hollywoodien? Celui dont le producteur Joel Silver s'est fait une spécialité, plus bang bang que kiss kiss d'ailleurs avec ses séries à succès planétaire: «Matrix», «Die Hard» («Piège de cristal») ou encore «Lethal Weapon» («Arme fatale»). C'est dire si Joel Silver connaît la formule du Kiss Kiss Bang Bang. Cette recette miracle, il l'a trouvée dans un scénario envoyé par un étudiant de l'UCLA. Il s'appelait «Lethal Weapon» et l'étudiant Shane Black. Du jour au lendemain, il fut catapulté scénariste à succès et on lui a demandé de répéter à l'envi son buddy movie. En y ajoutant quelque chose de plus percutant à chaque fois. Jusqu'à l'écoeurement, jusqu'au «Dernier samaritain», jusqu'à «Au revoir et à jamais».

HAUT ET BAS

Alors, du lendemain au surlendemain, notre scénariste vedette s'est fait jeté comme un gobelet de pop corn.

Le jour d'après, revoici Shane Black. Une ascension aussi rapide et vertigineuse suivie d'une chute tout aussi rapide et vertigineuse, cela laisse des traces, cela décale le regard. A l'issue d'une longue traversée du désert, il revient avec un scénario intitulé «Kiss Kiss Bang Bang», une vague histoire pour passer du kiss kiss au bang bang. Elle est d'autant plus vague que l'enquête du détective privé est nébuleuse à souhait, une succession de chausse-trapes, de cascades, de coups de théâtre, traversée par une femme fatale, certes, mais néanmoins fraîche et actuelle.

Les clichés du polar, les ficelles du scénariste, les trucs du buddy movie, Shane Black les connaît parfaitement, il les a usés jusqu'à ce que la corde le lâche. Après avoir déprimé, il préfère aujourd'hui en rire et s'amuser en montrant ses trucs au spectateur. La scène inaugurale du magicien est on ne peut plus éloquente.

AVEC UN CERVEAU

Comme le héros Harry, le spectateur peut s'attendre tout au long de «Kiss Kiss Bang Bang» à une bonne séance de montagnes russes, tant le parcours est sinueux et vallonné mais original. Shane Black a rénové les clichés et joue avec le média -n'hésitant pas à arrêter le film- et avec les spectateurs qu'il promène du champ de l'action au hors-champ de l'humour.En fait, Shane Black semble avoir découvert que le spectateur -cet être doté d'un estomac pour ruminer du pop corn- possède aussi un cerveau, lequel fonctionne même dans le noir. C'est à ceux-ci qu'il s'adresse cette fois avec des répliques qui fusent, des niveaux de lecture qui se multiplient, un auto-parodie jubilatoire où Black tourne en ridicule son propre style spectaculaire dont l'interminable cascade finale.En conclusion, «Kiss Kiss Bang Bang» est une quadrature du cercle assez réussie: polar essoufflant, recette dramatique, acteurs épatants -Robert Downey illuminé, Val Kilmer réhabilité, Michelle Monaghan révélée- sans oublier le portrait acide de Los Angeles.

© La Libre Belgique 2005

Savoir Plus

Scénario & réalisation: Shane Black. Image: Michael Barrett. Décors: Aaron Osborne. Costumes: Christopher Kristoff. Musique: John Ottman. Montage: Jim Page. Production: Joel Silver. Avec Robert Downey Jr, Val Kilmer, Michelle Monaghan, Corbin Bernsen... 1h42.

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