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George Clooney, un réalisateur très cathodique

A.Lo.

Mis en ligne le 04/01/2006

On peut être un sex-symbol et en avoir dans la tête. Ce qui n'empêche pas George Clooney de la garder froide. Accueilli par une salve d'applaudissements après la projection de «Good Night, and Good Luck», en première européenne en septembre dernier au Festival de Venise, l'acteur-réalisateur avait la reconnaissance modeste, insistant pour que l'on pose des questions à ses partenaires -son coscénariste Grant Heslov, son premier rôle magnifique David Strathairn ou l'actrice Patricia Clarkson. «Interrogez donc mes amis», insistait l'acteur. Mais non, George, il n'y en avait que pour toi.

C'est qu'un gars qui aligne les succès commerciaux pour ensuite l'ouvrir grand et fort contre le gouvernement de son pays, ça force le respect, surtout aux yeux des confrères italiens, dont le cinéma et les médias semblent quelque peu congestionnés. Car si Clooney revient sur le bras de fer entre le journaliste Ed Murrow et le sénateur républicain Joseph McCarthy, il ne cache pas non plus avoir voulu faire réfléchir sur les années 2000. «Il me paraît important de prendre position quand on enferme des journalistes qui protègent leurs sources ou qu'on s'apprête à reconduire le Patriot Act. (NdlR: c'est fait, jusqu'au 3 février, depuis la semaine dernière). Si on lit celui-ci, on s'aperçoit que ce que faisait McCarthy était parfaitement légal! Je ne veux pas m'attaquer au gouvernement mais je souhaite qu'on continue à débattre de son action. Aujourd'hui, il y a tant de médias que le public ne peut plus faire le tri dans la masse d'informations. Il est incroyable qu'aux Etats-Unis, avec tous les journaux et toutes les télévisions que nous avons, toute l'information paraisse être la même.»

Fils du présentateur de JT Nick Clooney, l'acteur poursuit donc quatre ans après «Confessions of a Dangerous Mind» sa petite exploration de la télé d'antan. «La télévision a joué un grand rôle grâce à des Ed Murrow ou un Walter Kronkite qui a dénoncé ce qui se passait au Vietnam. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire, elle influence notre vie et notre monde. Murrow a osé se dresser contre McCarthy parce qu'il avait compris que la télévision pouvait changer les choses. Il était tellement convaincu de la nécessité de révéler les pratiques douteuses du sénateur qu'il a lui-même pris en charge la baisse des recettes publicitaires que ce sujet engendrait. C'est l'un des rares cas, sûrement le plus emblématique, où la télévision a réussi à renverser l'opinion des gens face à une politique de manipulation.»

Dans le dossier de presse, se souvenant de son père, Clooney note encore l'héritage de Murrow. «Avec ce genre d'individu, il était possible d'apprendre, de découvrir, y compris ce qui n'était pas facile à entendre. Murrow constituait une vraie source d'information. Mon père a arrêté de présenter les infos parce que la télévision, y compris les journaux d'information, se transformait en divertissement.»

UNE COUPE POUR STRATHAIRN

Visage familier du cinéma («Wild River», «Bob Roberts», «L.A. Confidential»...) et de la télévision américains («The Sopranos»), David Strathairn a trouvé ici un rôle à sa mesure, qui lui a valu la Coupe Volpi du meilleur acteur au dernier Festival de Venise. «Ce qu'il y a de plus frappant en étudiant sa personnalité, a dit Strathairn, c'est qu'il n'a jamais eu la volonté ou l'impression d'agir de façon héroïque. Il s'est contenté de faire ce qu'il croyait en son âme et conscience, sans jamais renoncer.» Le commentaire pourrait s'appliquer à l'interprétation de Strathairn, tout en retenue et pourtant d'une force telle que Murrow devient une icône de force tranquille grâce à l'acteur. «Comme acteur, vous cherchez le moindre point d'accroche. Comme on le voyait toujours à l'écran avec ses cigarettes, j'ai commencé avec ça: quelle marque fumait-il? Mais la clé, c'était son visage: sur les enregistrements de l'époque, on voit qu'il était conscient qu'il s'exposait.»

Mais la vedette involontaire du film reste Jospeh McCarthy, l'homme dont la croisade anticommuniste, entre 1950 et 1954, a entraîné, parfois sur simple soupçon, la révocation ou la démission de quelque 24000 personnes -dont Philip Jessup, ambassadeur à l'Onu, le général Marshall ou Robert Oppenheimer, maître d'oeuvre de la conception de la bombe atomique. Pour remettre McCarthy face à Murrow, Clooney et son coscénariste Grant Heslov ont rapidement écarté toute éventualité de prendre un acteur: «Aujourd'hui, certains aux Etats-Unis n'hésitent pas à réévaluer le travail de McCarthy. Si nous l'avions fait jouer par un acteur, on aurait pu dire que nous avions forcé le trait. Avec les enregistrements télévisés d'époque, nous le montrons tel qu'il était. Tout ce qui est dit sort de la bouche du vrai McCarthy. Et c'était un formidable acteur!» Mais pour le sénateur du Wisconsin, le succès aura été de courte durée. Le 2 décembre 1954, ses pairs le blâmèrent par 67 voix contre 22. Il mourra trois ans plus tard d'une cirrhose.

à Venise

© La Libre Belgique 2006

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