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entretien
Alexander Payne, de «Sideways» à Paname
PAR FERNAND DENIS
Mis en ligne le 23/08/2006
On le devine à ses films, «Monsieur Schmidt», avec Jack Nicholson, et «Sideways», qui révéla Paul Giamatti au grand public: Alexander Payne n'a rien de l'Américain type, ou alors de la côte est : racé, cultivé, gentleman. Familier du festival de Cannes, il y était cette année pour accompagner la sortie du projet «Paris, je t'aime». Il n'est pas fréquent qu'on puisse demander frontalement à un réalisateur ce qu'il pense de son film. Mais, ici, il n'est responsable que d'un dix-huitième de ce long métrage.
Petite parenthèse. On aura remarqué qu'il manque deux arrondissements, les deux films furent tournés - par Raphaël Nadjari et Christopher Boe - mais ne figurent pas pour d'obscures questions de droit.
«Vraiment je ne savais pas à quoi m'attendre et franchement, j'ai trouvé cela pas mal. J'en avais vu deux ou trois mais hors du contexte. J'ai été très étonné dans le bon sens. D'accord, ce n'est pas un grand film, mais il a du charme et puis il dégage quelque chose de positif dans notre monde cynique.»
Le court métrage d'Alexander Payne occupe une place de choix dans «Paris, je t'aime» : la dernière. Difficile de ne pas l'emporter avec ses souvenirs. Il suit une touriste américaine qui découvre le XIVe arrondissement, celui de Montparnasse et de sa fameuse tour, mais aussi l'observatoire, de la rue de la Gaîté et du parc Montsouris. «L'an dernier, je présidais le jury de Un certain regard à Cannes et quand le festival fut terminé, je suis allé me promener sans idée préconçue dans ce XIVe arrondissement qu'on m'avait confié. En fait, vous aurez peut-être remarqué que dans mes films, les lieux ont une grande importance. Et pour ce film, comme pour un autre, je voulais que les lieux parlent. Mon idée était de réaliser une sorte de petit documentaire sur le XIVe. Finalement, l'idée que je rejetais s'est imposée dans l'avion, celle d'une touriste américaine. J'avais l'envie de tourner avec une jolie actrice européenne, d'autant que je suis divorcé depuis peu, et voilà que mon idée me disait d'accompagner Margot Martindale découvrant Paris.»
Margot Qui? Ceux qui ont vu «Million Dollar Baby» se souviennent sans doute de cette mère terrifiante. Cette comédienne très réputée sur les scènes américaines incarne ici le cliché de la touriste américaine. Quoique, si elle est corpulente, elle ne déborde pas de dollars et puis, surtout, elle a fait l'effort d'apprendre le français. «Elle parle français comme je parle le cambodgien, rigole Alexander Payne. Le doublage a pris plus de temps que le montage, ce fut un cauchemar. Il y a toujours un problème avec un acteur et celui de Margot, comédienne exceptionnelle dont c'était vraiment la toute première visite en Europe, c'était qu'elle ne pouvait pas parler français.»
Alexander Payne est-il familier du court métrage? et de Paris? «Oui, j'ai été étudiant dans une école de cinéma, et j'ai tourné pas mal de courts métrages. J'ai toujours aimé cela. Dans les festivals, je vais toujours voir les courts métrages parce que le réalisateur y est beaucoup plus libre que dans un long. Et puis chaque plan compte, chaque plan a un sens précis. Quant à Paris, je ne connais pas assez pour dire Paris, je t'aime, mais j'aime beaucoup le métro, non seulement pour son design mais aussi pour sa capacité à vous conduire n'importe ou en moins d'une demi- heure. C'est fantastique. Je trouve aussi que c'est une ville très féminine.»
Et où en sont les plus longs projets de ce réalisateur nominé? «Pas très loin, car après la sortie de Sideways, j'ai passé des mois dans le monde entier pour la promotion. Et puis, j'ai eu des problèmes de santé, j'ai été opéré. Je ne me suis vraiment remis au travail qu'en janvier de cette année. J'ai commencé un script que j'ai abandonné. Maintenant, je tiens une idée dont je sais qu'elle peut me passionner pendant deux ans. Le script devrait être bouclé fin novembre et le tournage pourrait avoir lieu l'an prochain. C'est une comédie et ce sera mon premier film à gros budget. Ce n'est pas que j'en rêve mais l'idée impose de tourner un peu partout dans le monde. Je constate que c'est comme Babel d'Alejandro Iñrritu, comme Fernando Meirelles qui tourne son nouveau film Intolerance sur tous les continents. Je crois que cela traduit un sentiment, celui que le monde est chaque jour plus petit, que nous sommes de plus en plus interconnectés. Ce qui arrive dans un autre coin de la planète nous concerne bien plus qu'auparavant.»
Rendez-vous à Cannes en 2008?
et sa touriste américaine, Margot Martindale, à la découverte du XIVe arrondissement.
© La Libre Belgique 2006
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