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Selon Charlie **

Comme un terrain de fouilles

Fernand Denis

Mis en ligne le 23/08/2006

Avec détermination, mais non sans humour, Nicole Garcia pioche dans la vie de quelques hommes

Et si un film était comme un terrain de fouilles? On ne le choisit pas par hasard. Un ensemble de facteurs incline à penser qu'on pourrait y trouver des pièces d'or, un crâne d'homme, un squelette de mammouth. Néanmoins, il faut aussi de l'instinct et de la chance.

Et si un film était comme un terrain de fouilles, un espace délimité par un cinéaste? Le spectateur le choisirait à cause de la filmo, de la personnalité du réalisateur mais à cause de son instinct, de ce qu'il pourrait y trouver.

En tout cas, Nicole Garcia nous invite à y penser, car le premier personnage de «Selon Charlie» est un paléontologue, lequel explique d'ailleurs en détail ses méthodes de recherche. Alors qu'est-ce qu'on va bien pouvoir trouver dans un film de Nicole Garcia? Eh bien des êtres humains, surtout des hommes, beaucoup d'hommes. Certes, on a beaucoup aimé «Un week-end sur deux» qui avait relancé la carrière de Nathalie Baye mais, on le sait, le terrain de fouilles traditionnel de Nicole Garcia, ce sont les hommes. «Le Fils préféré», «L'Adversaire» cherchaient à comprendre comment ils fonctionnent, et celui-ci ne fait pas exception. Alors, comment fonctionne un paléontologue? Et son collègue qui a renoncé à l'aventure pour devenir prof dans un modeste collège? Comment fonctionnent le maire d'une petite ville au bord de l'Atlantique et un employé au centre de Thalasso, un jeune joueur de tennis et un petit braqueur qui ne semble pas avoir le gaz à tous les étages? Et comment fonctionne Charlie, un gamin, le fils de l'un d'entre eux qui va croiser tous les autres?

MISE AU JOUR

Au début, comme dans toutes les fouilles, on ne voit pas très bien. Il faut y mettre du sien, s'investir, creuser un peu en soi. Et puis, petit à petit, à force de dégager tout autour, ce qui était lisse prend du relief. Des fissures apparaissent, certaines microscopiques, d'autres plus nettes, mais qui, toutes, relèvent de la même période, dite du trouble sentimental, existentiel. Tous ces hommes vivent un moment d'incertitude à des degrés divers et ces fouilles, cette mise au jour vont en modifier la température, la faire monter brusquement pour chacun.

C'est peut-être cela qui peut rendre le scénario de Nicole Garcia un peu artificiel. Elle s'intéresse à une poignée d'hommes et chacun est justement à un tournant de son existence. Mais on n'est pas dans la vie, on est au cinéma, le temps y est comprimé et les vies scénarisées. Et puis, dans les fouilles, on découvre des pièces intéressantes et d'autres qui ne le sont pas. Elle n'a gardé que celles qui parlent, qui touchent, qui dégagent.

Ainsi, elle a rassemblé une belle mais disparate poignée de stars. À leur manière, ils parlent, ils touchent, ils dégagent. Magimel n'a plus été aussi émouvant depuis «La Pianiste», Bacri emmène son Jean-Pierre en vacances, Lindon sauve mystérieusement un personnage accablant, Poelvoorde nourrit un individu juste esquissé, et personne n'oubliera le regard de Charlie.

Décidément, Nicole Garcia a une petite musique bien à elle, âpre et chaleureuse, optimiste et douloureuse.

© La Libre Belgique 2006

Savoir Plus

Réalisation: Nicole Garcia. Scénario: N. Garcia, Jacques Fieschi. Image: Stéphane Fontaine. Décors: Thierry Flamand. Costumes: Nathalie de Roscoat. Montage : Emmanuelle Castro. Production: Alain Attal. Avec J.-P. Bacri, Benoît Magimel, Benoît Poelvoorde, Vincent Lindon, Patrick Pineau... 1h56.

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